Une entrevue avec Marie Leahey, qui a participé et assisté à la création et à la progression du Conseil des Montréalaises. Elle est coordonnatrice du comité Femmes et développement régional (FDR) de la Conférence régionale des élus de Montréal. Madame Leahey répond à nos interrogations sur le nouveau Conseil.
Sylvie Daneau : Quelle est son histoire?
Marie : "Tout ça a commencé avec la création de la nouvelle grande ville. Au printemps 2000, le comité FDR, la CRÉ de Montréal, la Table des groupes de femmes, le Y des femmes et l’IREF de l’UQAM avaient tenu une journée de réflexion sur la place des femmes dans la nouvelle ville. Elles en avaient conclu que ce serait intéressant que dans cette grande ville […] on pense à créer le Conseil des Montréalaises. Que ce conseil soit inscrit dans la Charte de la Ville, exactement comme la charte prévoyait à l’époque l’inscription d’un conseil inter culture."
Marie Leahey ajoute "qu’après des tentatives infructueuses, dont une lettre du CRDÎM remise à la ministre Louise Harel lui demandant une telle disposition ainsi qu’une demande de rencontre avec le Comité de transition pour la nouvelle ville, les femmes reprirent la bataille lorsque le maire Tremblay décida de faire le Sommet de Montréal, les 5 et 6 juin 2002."
"Même si au début, il n’y avait rien de prévu dans l’organisation du Sommet par la ville, on a donc travaillé pour faire en sorte qu’il y ait une délégation de femmes. Pour se faire entendre le Comité FDR et surtout la Table des groupes de femmes ont travaillé très fort."
Les femmes voulaient : "Un Conseil des Montréalaises composé et représentant la diversité des femmes de Montréal, […] appuyé par les services d’un bureau en condition féminine et l’utilisation de l’analyse différencié selon les sexes pour tous les services de la ville."
Toutes les propositions furent votées au Sommet, en plus d’une supplémentaire sur l'aménagement sécuritaire des lieux publics. Dans le but d’assurer un suivi, la ville créa par la suite un comité composé de sept personnes.
En avril 2004, le Conseil municipal adopta la résolution pour la création du Conseil. Le comité de sélection se composait de Johanne Bouchard, Marjorie Villefranche, Rachel Laperrière, Louise O’Sullivan et Line Fost Thériault. "Leur objectif, je pense, a été atteint. Il y a une représentation des femmes en terme d’âge et en terme d’intérêt."
Sylvie : Quel est son rôle?
Marie : "En fait, ce comité relève du conseil municipal, une des plus hautes instances de la ville. Il a pour rôle d’aviser la ville sur tout sujet qui pourrait avoir un impact ou un intérêt pour les Montréalaises. De plus, les Conseils municipaux et d’arrondissement pourront demander des avis au conseil. Il pourra également agir de sa propre initiative, poser des questions, effectuer ses propres recherches, déposer des avis. Donc, c’est vraiment un comité conseil ... Faisons de l’enflure et disons : c’est un peu le Conseil du statut de la femme du gouvernement du Québec, transposé au Conseil municipal de Montréal. Mais il n’a pas les mêmes ressources financières." Marie ajoute que "dès le 27 septembre 2004, le Conseil sera fonctionnel".
Sylvie : Pourquoi un Conseil des Montréalaises?
Marie : "C’est parce qu’il y a une inégalité de traitements pour les femmes. Des inégalités formées par la structure de la société. Et, je pense que c’est à ça que l’on doit s’attaquer. Et donc, les conseils et autres organismes sont les mesures de correction de situations d’inégalité. Si tu es un homme, tu n’es peut-être pas en situation d’inégalité; donc, tu n’as pas besoin d’une mesure."
Elle insiste sur le fait que le Conseil des Montréalaises ne sera pas un groupe autonome mais une instance consultative de la ville. Il pourra combiner son travail avec le travail des autres comités de la ville.
Sylvie : Les femmes qui ont fait application représentaient-elles des groupes?
Marie : "Non. Personne ne se présentait comme représentante d’un groupe." Elle raconte "qu’avant les défusions de juin, Montréal était un employeur important de la région et comptait plus de 28.000 employé-es. Tous les programmes devraient être revus, révisés et cela, pour qu’il y ait plus de femmes, plus de personnes provenant des communautés culturelles aux emplois de la ville. Une ville où il y a peu de femmes cadres, c’est gênant!".
Avec la décentralisation des pouvoirs, Madame Leahey émet l’interrogation suivante : "Si l’on développe une politique municipale, comment est-ce que cela se traduira dans l’embauche au niveau des arrondissements? C’est pas clair dans ma tête, c’est pas clair dans la tête de bien du monde. Tout ça est à créer […]. On est encore dans une nouvelle ville, il y a encore tous ces besoins de travailler différemment, de recréer différemment de nouvelles choses, de tout restabiliser. Le Conseil connaîtra ainsi les mêmes difficultés d’ajustements que tous les domaines de la ville [….]"
La ville de Montréal cumule à la fois une double fonction. Celle d’offrir beaucoup de services aux citoyen-nes et d’être un employeur. Les deux premiers mandats couvriront ces deux aspects. Un budget de 148.500$ est déjà adopté pour la mise en place du Conseil et en 2005 et la ville accordera 200.000$ supplémentaires.
L’élaboration d’une politique d’égalité entre les hommes et les femmes sera le premier mandat. Au début, on va analyser comment les services de la ville tiennent compte de leurs besoins. En deuxième lieu, on pourra travailler sur la ville comme employeur et la conjoncture fera peut-être en sorte que les deux puissent se travailler en même temps et que l’un ira plus vite que l’autre.
Source : Le Féminisme en bref, FFQ, 11.2004


