Promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes demande une action multisectorielle et intersectorielle, la condition féminine n’étant pas une question sectorielle comme l’éducation par exemple. Cette réalité nécessite une pensée globale malgré des interventions souvent sectorielles. Elle demande des ressources et des connaissances importantes afin d’agir véritablement sur les conditions de vie des femmes et, de façon globale, sur le développement de notre société.
Les enjeux que soulèvent l’amélioration des conditions de vie des femmes et l’atteinte d’une pleine égalité de droit et de fait sont multiples et nécessairement multisectoriels, que ce soit concernant la violence, la santé mentale et physique, l’insertion professionnelle ou les conditions de vie préalables à celle-ci et, enfin, les questions soulevées par leur apport au développement économique. Toutefois, l'un d’entre eux nous semble particulièrement important compte tenu des réflexions et des changements envisagés par le gouvernement québécois : c’est celui de la place des femmes dans les instances de pouvoir et de la prise en compte de leurs besoins et de leurs intérêts par les décideurs.
Pour AGIR, il importe avant tout qu’à travers l’ensemble du processus, on s’assure que soient rendus disponibles les outils nécessaires pour travailler à l’égalité des femmes dans une perspective intersectorielle. Parmi ceux-ci, il faut pouvoir compter sur :
L’analyse différenciée selon les sexes (ADS) qui permet de rendre visible l’asymétrie et les différences qui existent entre les réalités masculine et féminine.
Pour que les actions posées soient aussi efficaces que possible, une telle approche doit être utilisée dans tous les lieux d’élaboration de mise en oeuvre des décisions. Dans l’Outaouais, la création d’un Observatoire sur le développement régional et l'analyse différenciée selon les sexes (OREGAND) apporte une expertise nécessaire à l’implantation d’une approche permettant d’appréhender plus efficacement tant la réalité que les solutions à mettre de l’avant. Son développement doit toutefois encore être assuré.
Une instance régionale dûment reconnue par les décideurs ayant pour mandat d’aviser et de faire les représentations nécessaires à une action intersectorielle en vue d'une égalité de droit et de fait.
En effet, la première condition d’une action intersectorielle relève du fait d’être reconnues et entendues. Des atouts statutaires sont donc nécessaires pour une pleine reconnaissance de la légitimité d’un discours et d’actions visant l’égalité des femmes. De la même façon, cette reconnaissance politique permettrait de renforcer la crédibilité de celles qui la portent. Ensuite, il faut aussi les ressources matérielles et financières permettant d'intervenir dans de multiples lieux et dans divers secteurs et de développer les contenus, les argumentaires et les stratégies appropriées.
Concrètement, il faut que dans les transformations proposées de l'organisation politique au Québec, notamment en matière de décentralisation, on prévoit un comité ou "bureau" qui soit reconnu et qui dispose des ressources humaines et matérielles nécessaires à l'approche intersectorielle. Ce "bureau" pourrait être inséré dans la structure formelle qui découlera de la création des CRÉ ou être une organisation dûment reconnue par celui-ci comme interlocuteur en condition féminine.
Une volonté politique clairement exprimée par une politique nationale pour poser les balises d’une action intersectorielle à tous les niveaux en vue de l'atteinte d'une égalité non seulement de droit, mais également de fait entre les femmes et les hommes.
En effet, une politique en condition féminine invite à réaliser un projet collectif auquel doivent travailler tous les ministères, organismes et partenaires gouvernementaux. Elle montre aussi que la condition féminine fait partie des enjeux prioritaires du gouvernement. Celui-ci demeure un acteur clé pour poser les jalons d’une société équitable où les femmes pourront réaliser leur plein potentiel et mettre à contribution leur expertise. Elle envoie un message politique clair dont le premier effet est de soutenir ceux et celles qui travaillent à une véritable égalité.
Par une politique et des moyens pour favoriser une plus grande participation des femmes aux instances décisionnelles et une prise en compte des besoins et réalités des femmes par les décideurs (la 5e orientation de la dernière Politique en condition féminine).
Par une structure gouvernementale ayant pour but de travailler à l’égalité tout en reconnaissant l’actuelle asymétrie qui existe encore dans les faits entre la réalité des femmes et celle des hommes.
Pour être pleinement efficace, cette structure doit avoir deux composantes insuffisantes en elles-mêmes, mais dont la complémentarité fait la force. Un Secrétariat à la Condition féminine doit exister et avoir les moyens d’agir à l’intérieur de l’administration gouvernementale tout en soutenant les actions ministérielles. Par ailleurs, le mandat d’avis conseil du Conseil du statut de la femme doit être absolument maintenu pour qu’on puisse combattre la reproduction des inégalités et des situations désavantageuses encore subies par les femmes. En région, cette expertise doit être maintenue en soutien à celles et ceux qui travaillent à l’atteinte de l’égalité, notamment par l’amélioration des conditions de vie des femmes.
Source : AGIR, 25.02.2005



