"L'éléphant a accouché d'une souris" : c'est avec des phrases semblables que les associations de femmes algériennes exprimaient leur déception face au projet de Code de la famille approuvé par le Conseil des ministres le 22 février 2005.
Ce projet de loi, qui sera adopté par l'Assemblée nationale, n'offrira pas aux Algériennes l'égalité de leurs voisines tunisiennes ou marocaines, qui peuvent maintenant se marier sans tuteur masculin. "Il s'agit d'un changement pour le pire", affirme l'avocate féministe Nadia Ait-Zai, membre du collectif Maghreb-Égalité, au sujet du projet rédigé à la fin de 2004 par une commission nommée par le président Abdelabrada. Quoiqu'adopté par le Conseil des ministres, le texte n'avait pas encore été rendu public, mais avait fait l'objet de fuites dans les médias.
Le Code de la famille actuel adopté en 1984 était déjà en contradiction avec la Constitution algérienne qui enchâsse l'égalité des hommes et des femmes. Lors de sa dernière campagne électorale, Buteflika avait promis de le changer, mais il semble que les changements finalement proposés soient loin d'égaler ceux promulgués au Maroc en février 2004. La préservation du rôle du tuteur (père, mari ou frère) dans l'acte de mariage d'une femme adulte dérange beaucoup. La Commission semblait l'avoir éliminée, mais Buteflika l'aurait rétablie. Le paradoxe resterait entier : ainsi, une femme juge serait capable de prononcer un divorce mais incapable de se marier sans l'approbation d'un homme de sa famille.
"Nous (les femmes) avons été sacrifiées à l'autel de la réconciliation nationale" a affirmé Ait-Zai, car le tuteur était le principal cheval de bataille des islamistes, et Butefika le leur a concédé. Buteflika a en effet besoin des islamistes modérés pour gagner le prochain référendum sur l'amnistie générale avec une bonne majorité. La presse s'est révélée assez critique de ces "quatre années de débat passionné pour en arriver à une révolution dans un verre d'eau".
Soulignons par ailleurs que la polygamie sera maintenant soumise à l'approbation de l'épouse ou des épouses antérieures et que, sauf exception, la garde des enfants sera confiée aux mères avec obligation pour le père de leur fournir un logement décent. Le spectacle de femmes divorcées ou répudiées vivant dans la rue avec leurs enfants sera sans doute moins fréquent. Par contre, les devoirs féminins d'obéissance au mari, de respect aux beaux-parents, de soins aux enfants demeurent inaltérés et le droit des femmes de demander le divorce reste restreint : elles ne pourront le faire que pour cause de maladie sexuelle du mari ou de son absence prolongée du domicile conjugal sans motifs valables.
Pages reliées :
Bouteflika fait faux bond aux femmes, Fayama Touré, 11.03.2005
À défaut d’égalité, plus de protection pour les femmes, Le Quotidien d'Oran, 10.03.2005
Entretien avec Ourida Chouaki de Tharwa n'Fadma n'Soummer, Le Monde, 09.03.2005
Une nouvelle fois les droits des femmes sont bafoués, Collectif "20 ans barakat" de l’Ile de France, 08.03.2005
Femmes entre révolte et résignation, Aïda Touihri, 06.03.2005
Le code est une violence, Collectif Maghreb-Égalité, 10.01.2005



