Ce fut une défaite sans appel : de la gauche, des mouvements sociaux, de la pensée et de l’Église progressistes, de la société civile. L’accablant résultat du référendum sur la vente d’armes qui avait lieu le 23 octobre 2005 (64% contre l’interdiction et 36% pour) ne doit pas être vu seulement comme l’échec du gouvernement Lula. C’est en quelque sorte le triomphe de ce qu’un sociologue brésilien définit comme étant un "totalitarisme socialement construit" : un consensus terrifiant sur le rôle de la violence contre les pauvres comme principale "médiation" des conflits sociaux.
Les chiffres sont effrayants : 100 personnes meurent au Brésil chaque jour par armes à feu; 40% sont des jeunes de 14 à 25 ans, noirs dans leur immense majorité, c’est-à-dire pauvres et vivant dans la périphérie des grandes villes. Cela représente entre 35 et 40.000 personnes par an, soit un taux de 21 homicides pour 100 mille habitant-es. Avec 3% de la population mondiale, le Brésil "fournit" 11% des victimes d’homicides, soit un "Vietnam" par an. Il y a environ 18 millions d’armes dans le pays, dont moins de 4 millions sont légales, et la moitié d'entre elles circulent dans l’État de Sao Paulo.
Avec le référendum, une vague conservatrice semble se réveiller qui prônera maintenant la peine de mort et la réduction de l’âge pénal. La sécurité jouera son rôle dans les élections présidentielles de 2006, favorisant la droite qui cherche à résoudre les conflits sociaux en militarisant la société. C’est peut-être le bon moment pour se demander où est passée la vague progressiste qui a ébranlé le Brésil il y a trois ans à peine. Et surtout par qui, comment et pourquoi elle a été détruite.
Source : Raúl Zibechi, 28.10.2005, via RISAL
Page reliée : Brésil-référendum : le commerce des armes ne sera pas interdit, 24.10.2005


