En 2005, l’étude Singulières et plurielles était menée par le Comité de travail sur l'entrepreneuriat féminin en Outaouais afin d’alimenter la réflexion sur les changements à apporter pour que les femmes puissent participer davantage et plus efficacement à la diversification économique des collectivités de l’Outaouais.
Les résultats de cette étude, réalisée par Chantal Cholette de Convergence pour le Comité de travail sur l'entrepreneuriat féminin, sont le fruit de recherches documentaire et statistique, d’un questionnaire d'enquête à l’intention des entrepreneures et des travailleuses autonomes, de discussions en groupes témoins et d’un questionnaire à l’intention des organismes offrant des services d’appui aux entreprises. Les données, colligées entre le 8 mars et le 29 avril 2005, reflètent les propos de quelque 324 femmes de l’Outaouais.
Si on devait tracer le profil type de l'entrepreneure et de la travailleuse autonome de la région, on dirait d’abord qu’elle a 44 ans, est née au Canada et vit en Outaouais depuis au moins 10 ans. Elle est aussi mariée ou conjointe de fait et a deux enfants. Elle a poursuivi des études en gestion, en administration ou en comptabilité et elle possède un diplôme d’études universitaires. En 2004, son revenu moyen était de 35.331$ et provenait presque exclusivement des profits générés par son entreprise. Elle s’inquiète de ne pas profiter d’un régime d’assurance. Elle s’identifie surtout comme entrepreneure et travaille en moyenne 42 heures par semaine de son bureau à domicile. Elle a accumulé un solide bagage professionnel avant de se lancer en affaires. Souvent, les exigences professionnelles et familiales ou sociales entrent en conflit et l’obligent à faire des choix difficiles.
Les entreprises de l’Outaouais qui ont une femme à leur barre existent depuis 10 ans en moyenne. En 2004, leur chiffre d’affaires s’élevait à moins de 250.000$ et elles comptaient jusqu’à cinq employés. Elles évoluaient principalement dans le secteur des services, bien qu’on note des percées dans d’autres domaines. La majorité des entreprises sont dirigées par une propriétaire unique et ne sont pas constituées en société. La conjointe ou le conjoint joue un rôle prépondérant dans les entreprises à propriétaires multiples. Le capital de départ, qui est en moyenne de 10.625$, provient surtout de l’épargne personnelle des entrepreneures et des travailleuses autonomes. Après plus de 5 ans d’opération, les principales sources de financement sont les profits et l’épargne personnelle.
Les femmes sont peu enclines à emprunter, mais lorsqu’elles font des démarches en ce sens. La plupart obtiennent ce qu’elles demandent. Cependant, celles qui ont essuyé un refus se sont surtout fait dire par leur institution financière que leur secteur d’activité était trop risqué, qu’elles manquaient de garanties ou qu’elles devaient avoir un endosseur. Les entreprises sont performantes puisqu’elles encaissaient un profit moyen de 38.760$ en 2004 et que 42% anticipaient créer de 1 à 5 nouveaux emplois d’ici 2009. La majorité des entreprises sont en croissance ou stables.
Les entrepreneures et les travailleuses autonomes de l’Outaouais se distinguent de leurs homologues masculins de plusieurs façons :
- le mode de gestion reposant sur un leadership interactif
- les valeurs entrepreneuriales axées sur la qualité des relations avec les clients
- les critères de réussite misant sur l’accomplissement personnel, l’acceptation du milieu des affaires ainsi que le bien-être ou l’équilibre personnel
- la motivation principale pour se lancer et demeurer en affaires : la liberté d’action et la qualité de vie
- la difficulté de concilier travail-famille et le manque de réseaux d’affaires répondant à leurs besoins
- le besoin d’indépendance et de reconnaissance de leur apport
- la volonté de réussir et le besoin de contrôler leur environnement importent plus que le goût du risque.
Plusieurs obstacles contribuent à l’isolement et à rendre la vie difficile aux entrepreneures en Outaouais. Il s’agit notamment :
1) D’obstacles économiques, c’est-à-dire :
- l’instabilité du revenu
- les exigences des institutions financières (garanties de prêts, lourdeur administrative, instabilité et détachement du personnel, traitement différencié selon le sexe)
- le manque de filet social (l'impossibilité de bénéficier des programmes gouvernementaux de sécurité du revenu et l’inaccessibilité des régimes d’assurance collective).
2) D’obstacles organisationnels, c’est-à-dire :
- le fardeau fiscal et réglementaire/légal
- le fardeau administratif
- la concurrence
- les politiques d’assainissement des dépenses publiques
- le manque de réseaux et de compétences en marketing
- le manque de réseaux adaptés aux besoins des entrepreneures.
3) D’obstacles sociaux, c’est-à-dire la difficulté de concilier travail-famille.
Les entrepreneures et les travailleuses autonomes de l’Outaouais veulent améliorer leur sort. Elles demandent des changements qui contribueront à rehausser leur qualité de vie, soit l’accès à un filet social universel et la mise en oeuvre d’une politique familiale globale. Elles proposent aussi des virages qui stimuleront l’essor des entreprises, dont une intervention communautaire et institutionnelle souple et continue, une intervention gouvernementale plus adaptée et soutenue et un réseau d’entraide et de représentation fort.
> Singulières et plurielles : enquête sur les femmes entrepreneures et les travailleuses autonomes en Outaouais, Convergence pour le Comité de travail sur l'entrepreneuriat féminin en Outaouais, 11.2005
Sources : AGIR et info07.com, 10.03.2006



