Sitôt qu'on y réfléchit un peu, on doit convenir que le concept d'«antiaméricanisme» est si absurde que personne ne devrait le prendre au sérieux et tellement confus qu'il serait sage de le bannir de notre vocabulaire. En ne nommant rien de précis, un tel concept est sans doute unique dans notre vocabulaire et tout autre mot construit sur le même modèle (anticanadianisme, etc.) en fait apparaître la totale indécidabilité. Car que pourrait bien vouloir dire être contre l'Italie, et cela, au point de faire de cette opposition une doctrine systématiquement appliquée? De plus, en tendant à faire de tout opposant à quoi que ce soit d'américain un antiaméricaniste, l'accusation finit par s'appliquer à tout le monde, puisque tout le monde a des critiques à formuler à l'endroit de l'un ou l'autre aspect de cet ensemble flou et largement inassignable. De la même manière, puisque tout le monde aime et admire l'un ou l'autre aspect de cet ensemble flou, il doit s'ensuivre que chacun de nous est et n'est pas antiaméricaniste. Un article de Normand Baillargeon.



