Le 15 novembre 2006, le parlement du Pakistan amendait les lois Hudood sur le viol et l'adultère adoptées en 1979 dans le cadre de l'islamisation du pays par la dictature du général Zia-ul-Haq. Fort décriées en Occident, ces lois faisaient en sorte qu'une femme violée risquait la peine de mort parce qu'elle était dans l'impossibilité de prouver le délit à moins d'être appuyée par quatre témoins masculins et "bons musulmans". À l’opposé, elle pouvait être accusée d’adultère pour avoir dénoncé un viol qu’elle ne pouvait pas prouver. Déclarée coupable, elle était passible de lapidation ou de 100 coups de fouet pour avoir sali l’honneur de la famille. En pratique, elle était emprisonnée pendant une période pouvant durer jusqu'à cinq ans.
La nouvelle Loi de protection des femmes supprime la lapidation et le fouet comme sanctions de l’adultère de même que la règle des quatre témoins. En outre, la police ne pourra plus incarcérer les personnes soupçonnées de relations sexuelles hors mariage : il faudra désormais les juger devant un tribunal. Cependant, l'adultère demeure puni de cinq ans de prison et d'une amende d'environ 180$ canadiens. En juillet dernier, le président Musharraf modifiait aussi une loi concernant la détention des femmes accusées d'adultère ou d'autres délits mineurs, autorisant leur libération sous caution.
"Ce n'est peut-être pas aussi bien qu'une abrogation complète des lois Hudood, mais c'est un pas vers le démantèlement de la législation contre les femmes et les minorités", a déclaré Farhatullah Babar, porte-parole du Parti populaire du Pakistan de l'ancienne première ministre Benazir Bhutto à l'origine du projet de loi. Les associations de défense des droits de la personne, telles que Human Rights Watch, sont tout de même déçues. Elles prônaient plutôt l'abrogation des lois islamistes, qu'elles jugent inhumaines.
Cette timide avancée intervient dans un contexte d’assouplissement amorcé par le président Musharraf, sous la pression de l'Occident. Soucieux de l’image du Pakistan, il avait promis en 2002 d’abroger les lois Hudood et de mettre en œuvre une politique de "modération éclairée" favorable aux droits des femmes. Les débats parlementaires ont été très vifs entre les partisans d’une abrogation de la loi et les partis islamistes, dont l'alliance Muttahida Majlis-e-Amal (MMA), qui refusent toute modification, dénonçant la libération sexuelle de la société. On a aussi accusé le président d'avoir mis en oeuvre une loi téléguidée par les États-Unis. L'alliance MMA, la principale force d'opposition islamiste au parlement, appelle à des manifestations et envisage sa démission en bloc du parlement.
Au Pakistan, violence conjugale, viols, crimes d’honneur, enlèvements, brûlures à l'acide, tortures et meurtres sont une tradition vivace, selon la Fédération internationale des droits de l'homme. Dans un rapport de 2002, la Commission des droits humains du Pakistan souligne qu’une femme est violée toutes les deux heures et qu’un viol collectif est commis toutes les huit heures, une estimation jugée inférieure à la réalité tant le silence règne du fait des tabous, des lois discriminatoires et de la stigmatisation des victimes par la police.
Rappelons l'histoire de Shazia Khalid. En janvier 2005, cette femme médecin était violée par un officier du Pakistan Army's Defence Services Group qui gardait la Pakistan Petroleum Limited pour laquelle elle travaillait et qui la logeait. Grièvement blessée, on l'a détenue dans une maison sous la protection non officielle de la police et de l’armée. On ne lui a pas permis de consulter ni médecin, ni avocat, ni de recevoir la visite des personnes de son choix. Cette affaire a provoqué de violents soulèvements, ce qui a interrompu la distribution de gaz dans le pays pendant plusieurs semaines. Menacée à maintes reprises, Shazia Khalid a dû quitter le Pakistan.
Plusieurs se souviendront aussi de Mukhtar Mai. En 2002, une jeune femme est accusée d’avoir flirté avec un adolescent d’une autre tribu. Déshonoré, le clan adverse se venge en choisissant l’une des femmes de la caste rivale : Mukhtar Mai sera violée par 13 hommes. Les choses ont pris un tour exceptionnel puisque Mukhtar Mai s'est battue afin d'obtenir justice. Devenue le symbole de la lutte des femmes victimes de la violence des patriarches et des chefs de tribu, son cas a alerté le monde occidental sur la condition des femmes au Pakistan.
Sources : Marianne-en-ligne.fr, 17.11.2006, AFP, 16.11.2006, Radio-Canada, 16.11.2006, AP, 15.11.2006
Pages reliées :
Pakistan : Un pays à deux vitesses, Hélène Buzzetti, 27.10.2007
Des musulmanes repensent la place des femmes dans l'islam, Agnès Rotivel, 05.11.2006
Pakistan : Femmes et jeunes filles tuées pour des questions d’honneur, Amnistie Internationale, 10.09.1999


