En vertu des dispositions transitoires incluses dans le projet de loi no 56, l'Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) doit, d'ici le 17 décembre 2007 et en concertation avec les partenaires concernés par l'intégration scolaire, professionnelle et sociale des personnes handicapées, actualiser la politique d'ensemble À part... égale. Depuis 1984, celle-ci guide les principales actions gouvernementales envers les personnes handicapées.
En 1987, dans "À moins qu'à part égale : les femmes handicapées au Québec", Maria Barile montrait déjà que l'intervention de femmes handicapées qui soulignaient le manque d'analyse spécifique à l'égard des femmes était restée sans écho. Ainsi, même si la politique "À part... égale" a révolutionné la perception de la société face aux personnes handicapées, parce qu'elle n'a pas tenu compte des différences selon le genre, les réalités spécifiques vécues par les femmes handicapées ont continué d'être omises, déplore Wassyla Hadjabi d'Action des femmes handicapées (Montréal) (AFHM).
Dans Et la place des femmes handicapées!, l'AFHM rappelle que plus de la moitié des femmes handicapées vivent une situation de dépendance dans la réalisation des activités quotidiennes et domestiques, alors que ce n'est le cas que de 30% des hommes handicapés. Le revenu total moyen des Québécoises en situation de handicap est aussi nettement inférieur à celui des Québécois handicapés (12.696$ c. 17.758$). Elles sont donc plus nombreuses à vivre sous le seuil de faible revenu (soit 37,5% c. 45%). 64% d'entre elles sont absentes du marché du travail comparativement à 43% des hommes handicapés. Notons que leur handicap les appauvrit également. Par exemple, dans la région de Montréal, 40% des personnes handicapées ont eu des dépenses occasionnées par leur handicap qui n'ont été remboursées que dans 15% des cas.
Les femmes handicapées, en plus de subir les mêmes formes d'abus, de violence et d’agression que les femmes non handicapées, subissent aussi certaines autres formes de violence reliées à leur handicap, dont la privation de leurs aides techniques, tout en étant exposées à la violence institutionnelle. Elles sont aussi une fois et demie plus à risque que les autres femmes de subir de la violence. Cette violence est alimentée et soutenue par leur pauvreté et leur isolement, ce qui les rend davantage vulnérables aux situations de violence potentiellement génératrices d’autres formes de handicaps.
Elles font également face à de sérieux problèmes sociosanitaires. Les préjugés sur l’inutilité ou l'inadéquation des personnes handicapées influencent les traitements et les soins qu'elles reçoivent. De plus, peu de fournisseurs de soins discutent avec elles des choix de traitement comme ils le font avec d’autres adultes. Comme leur sexualité, leur désir d’avoir des enfants ou leurs besoins de contraception ne sont pas reconnus, elles doivent recourir au soutien de leurs proches, une situation pas toujours génératrice de rapports égalitaires surtout entre conjoints.
Des barrières structurelles, culturelles, socio-économiques et politiques les empêchent de jouer pleinement leur rôle de mères. Même si 22% des Québécoises handicapées âgées de 15 ans et plus ont des enfants à la maison, plusieurs services ne sont pas accessibles à ces mères qui ont des besoins spécifiques. Par exemple, les écoles et les garderies ne sont pas adaptés, ce qui les empêche de participer aux activités qu'elles organisent. Le transport adapté n’accepte pas non plus que tous leurs enfants les accompagnent.
Pourtant, plus de 20 ans après l'adoption de la politique "À part... égale", le nouveau projet de politique À parts égales, levons les obstacles ne prévoit rien de spécifique pour les femmes handicapées. Le mot "femme" n'est pas même mentionné. L'AFHM souhaite que l'OPHQ nomme explicitement l'égalité entre les sexes dans les valeurs fondamentales et les orientations et qu'elle soit aussi documentée dans toutes les thématiques de la nouvelle politique. Rappelons que la consultation publique sur le projet de stratégie nationale pour l'intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées débutait le 4 décembre 2006. Elle se poursuit jusqu'au 5 février 2007.



