L’élimination de la discrimination sexiste et l’autonomisation des femmes auront des répercussions profondes et positives sur la survie et le bien-être des enfants, affirme un rapport que l’UNICEF publiait le 11 décembre 2006. L’égalité des sexes produit un double dividende, car elle bénéficie aux femmes et aux enfants tout en étant essentielle à la santé et au développement des familles, communautés et nations, d’après La Situation des enfants dans le monde 2007. "L’égalité des sexes et le bien-être des enfants sont inextricablement liés", a rappelé la directrice générale de l’UNICEF, Ann M. Veneman. "Lorsque les femmes ont la possibilité de vivre pleinement et d’être productives, les enfants et les familles prospèrent", a-t-elle ajouté. D’après ce rapport, l’influence des femmes dans les principales décisions du foyer améliore leur vie et a aussi des effets positifs sur le bien-être et le développement de leurs enfants.
En dépit de l’amélioration de la condition des femmes ces dernières décennies, la discrimination, la marginalisation et la pauvreté représentent toujours des obstacles considérables pour des millions de filles et de femmes. Les filles et les femmes sont affectées par le VIH/SIDA de manière disproportionnée et, dans la plupart des régions du monde, elles gagnent moins que les hommes à travail égal. Des millions de femmes sont soumises à la violence physique et sexuelle, sans grand espoir que la justice intervienne. Conséquence de la discrimination, les filles ont moins de chances d’aller à l’école : sur cinq filles qui s’inscrivent à l’école primaire dans les pays en développement, une ou presque n’ira pas jusqu’au bout de son éducation primaire. Or les niveaux d’éducation chez les femmes sont liés à la survie et au développement des enfants.
"Nous qui nous préoccupons de la santé et du bien-être des enfants d’aujourd’hui et de demain, nous devons, dès maintenant, faire en sorte que les femmes et les filles bénéficient des mêmes possibilités d’obtenir une éducation, de participer au gouvernement, de se prendre en charge d’un point de vue économique et d’être protégées de la violence et de la discrimination", a affirmé Mme Veneman.
Une stratégie vers l’égalité des sexes
La "Situation des enfants dans le monde 2007" présente sept interventions importantes susceptibles de favoriser l’égalité des sexes :
• Éducation : il est capital de supprimer les frais de scolarité et d'encourager les parents et les communautés à investir dans l’éducation des filles.
• Financement : pour atteindre le but de l’égalité de sexes et de l’autonomisation des femmes, il convient d’intégrer aux plans et budgets des gouvernements des investissements orientés sur l’élimination de la discrimination sexiste.
• Législation : la législation nationale en matière de droit à la propriété et de droits d’héritage doit veiller à ce que femmes et hommes se retrouvent sur un pied d’égalité; elle doit aussi prévoir des mesures pour prévenir la violence dans la famille et la violence sexiste dans les conflits et y répondre.
• Quotas législatifs : les quotas ont prouvé qu’ils assuraient la participation des femmes à la vie politique. Sur les 20 pays qui ont le plus de femmes au Parlement, 17 utilisent une forme ou une autre de système de quotas.
• Les femmes qui favorisent l’autonomisation d’autres femmes : les mouvements de femmes à l’échelle de la communauté sont des champions de l’égalité et de l’autonomisation des femmes et devraient participer aux premières étapes de l’élaboration des politiques de façon à ce que les programmes tiennent compte des besoins des femmes et des enfants.
• Mobiliser hommes et garçons : en montrant aux hommes et aux garçons, ainsi qu’aux femmes et aux filles, les avantages de l’égalité des sexes et des décisions prises en commun, on contribue à une meilleure coopération des sexes.
• Améliorer les recherches et données : il est capital d’obtenir de meilleures données et analyses, en particulier sur la mortalité maternelle, la violence contre les femmes, l’éducation, l’emploi, les salaires, le travail non rémunéré et l’utilisation du temps et la participation à la vie politique.
Exclues des décisions du foyer
Le rapport note que les femmes n’ont pas toujours voix au chapitre sur un pied d’égalité dans les décisions cruciales du foyer. Dans 10 des 30 pays en développement étudiés, 50% ou plus des femmes participent à toutes les décisions du foyer, notamment celles qui concernent les grandes dépenses du ménage et leurs propres soins de santé.
La capacité des femmes à contrôler leur propre vie et à prendre des décisions qui affectent leurs familles est étroitement liée à la nutrition de l’enfant, sa santé et son éducation, affirme le rapport. Dans les familles où les femmes jouent un rôle clé dans les décisions, la proportion des ressources consacrées aux enfants est bien plus élevée que dans les familles où le rôle des femmes est moins décisif.
Selon une étude menée par l’International Food Policy Research Institute, si les hommes et les femmes exerçaient la même influence sur les prises de décision, en Asie du Sud, l’incidence de l’insuffisance pondérale chez les enfants de moins de trois ans pourrait reculer de 13 points de pourcentage, ce qui entraînerait une diminution de 13,4 millions du nombre d’enfants sous-alimentés dans la région; en Afrique subsaharienne, 1,7 million d’enfants de plus seraient nourris correctement.
L’écart des revenus
Les ressources qui sont entre les mains des femmes profitent souvent aux enfants. Les écarts de revenus entre les hommes et les femmes peuvent donc faire baisser ou limiter les ressources qui permettraient de faire respecter les droits des enfants, comme le droit aux soins médicaux, à une nutrition adéquate et à l’éducation. Les estimations fondées sur les écarts de salaires et la participation à la vie active indiquent que le revenu du travail des femmes représente 30% environ de celui des hommes dans les pays étudiés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, près de 40% en Amérique latine et en Asie du Sud, 50% en Afrique subsaharienne et 60% environ en ECO/CEI, en Asie orientale et dans les pays industrialisés.
Le domaine politique
La participation croissante des femmes à la vie politique peut également avoir des effets positifs sur le bien-être des enfants. Des données de plus en plus nombreuses recueillies dans les pays industrialisés et en développement indiquent que les femmes qui siègent dans les organismes législatifs ont été des défenseures particulièrement efficaces des enfants. Pourtant, en juillet 2006, les femmes représentaient à peine moins de 17% des parlementaires dans le monde.
Selon le secrétaire général de l’Union interparlementaire, Anders B. Johnsson, "Il y a des liens très clairs entre la représentation politique des femmes et le bien-être des enfants. "La Situation des enfants dans le monde" le démontre de bien des manières".
La clé de voûte de sociétés solides
Les avantages de l’égalité des sexes vont bien au-delà de leurs effets directs sur les enfants. La Situation des enfants dans le monde 2007 montre comment, en encourageant l’égalité des sexes et en favorisant l’autonomisation des femmes – Objectif du millénaire pour le développement no. 3 - on progresse vers tous les autres objectifs, de la réduction de la pauvreté et de la faim à la protection de la vie des enfants, de l’amélioration de la santé maternelle à l’éducation pour tous, la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies et la viabilité de l’environnement.
Source : UNICEF, 11.12.2006
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