Dans les 198 pays de la planète, on ne compte que 15 femmes aux plus hauts échelons du pouvoir politique : les présidentes Tarja Halonen (Finlande), Vaira Vike-Freiberga (Lettonie), Mary McAleese (Irlande), Gloria Macapagal-Arroyo (Philippines), Ellen Johnson-Sirleaf (Liberia), Michelle Bachelet (Chili) et Micheline Calmy-Rey (Suisse), les premières ministres Portia Simpson-Miller (Jamaïque), Helen Clark (Nouvelle-Zélande), Angela Merkel (Allemagne), Khaleda Zia (Bangladesh) et Luisa Diogo (Mozambique) et les reines d'Angleterre, des Pays-Bas et du Danemark. S'il reste encore du chemin à faire avant qu'autant de femmes que d'hommes occupent les plus hauts échelons du pouvoir politique, sont-elles moins agressives et plus progressistes que les hommes une fois au pouvoir?
"Le mythe que le genre [laisse présager] une façon de gouverner ne tient plus la route", tranche la professeure Chantal Maillé. "On ne peut plus avoir la naïveté [qu'on avait] il y a 30 ans. On pouvait alors croire qu'une masse critique de femmes, ensemble, changeraient les choses et seraient porteuses de valeurs différentes, car il n'y en avait presque pas eu", fait-elle valoir. Mais "l'expérience nous montre qu'il n'y a pas qu'une façon de faire propre aux femmes, mais qu'il existe plein de modèles différents." Les femmes au pouvoir seraient donc ni pires ni meilleures que les hommes.
Dans Les femmes sont-elles les meilleures, la professeure Edurne Uriarte note qu'aucune preuve digne de ce nom n'a pu confirmer le désir des femmes et le mythe féministe de croire que les femmes allaient transformer le pouvoir. Les Margaret Thatcher, Golda Meir et Indira Gandhi ne seraient pas des exceptions, mais tendraient plutôt à prouver qu'il n'y a pas de comportement typiquement féminin au sommet. Comme le note Niklas Ekdal, Angela Merkel à droite, Hillary Clinton et Nancy Pelosi au centre, Ségolène Royal à gauche, n’ont que peu de choses en commun hormis le fait d’être des femmes. Reste que voir des femmes prendre la tête de gouvernements ou de pays encouragerait les femmes à penser que tout est possible. En Occident, la féminisation du pouvoir les inciterait à poursuivre leurs études, à créer des entreprises ou à s’engager dans la vie politique. Dans les pays plus pauvres, elle contribuerait à ébranler la suprématie masculine, un des principaux obstacles au développement.
Par ailleurs, Le Monde du 8 mars 2007 souligne que, par rapport à la génération précédente, les femmes au pouvoir tenteraient d'aider leurs collaborateurs et collaboratrices à concilier travail et famille et chercheraient souvent à faire de la place à d'autres femmes. Michelle Bachelet a formé un gouvernement paritaire avec 10 femmes. La garde rapprochée d'Angela Merkel est si majoritairement féminine qu'on la surnomme le "girls camp". Gloria Macapagal-Arroyo a nommé une volée d'ambassadrices dans les pays asiatiques dirigés par des hommes. Hillary Clinton s'entoure de femmes, Ségolène Royal a une équipe mixte. Le gouvernement espagnol - 8 hommes, 8 femmes - nomme des femmes aux postes importants du secteur public. On remarque aussi que des femmes au pouvoir feraient désormais de leur féminité "un atout plutôt qu'un handicap", ce qui ne semble cependant pas le cas de Ségolène Royal. Elles se définissent comme mères ou grand-mères lorsqu'elles le sont, ce qui alimente pourtant des stéréotypes de genre. Dans cet article, Dana Goldstein souligne avec justesse que les femmes ne méritent pas de prendre leur place en politique parce qu'elles seraient plus compatissantes que les hommes, mais bien parce qu'elles sont des êtres humains, peu importe qu'elles soient mères ou non.
Pages reliées :
La parité peut être un piège, Cécile Daumas, 10.04.2007
Q & R : Les femmes sont-elles les meilleures?, Courrier international, 12.01.2007


