Le pouvoir d'achat des quatre milliards de personnes vivant dans la pauvreté représente un marché ignoré de 5,000 milliards $US. Selon la Banque mondiale (BM), le secteur privé devrait tenir compte de cette donnée dans son intérêt comme dans celui des pays en développement. Pour la première fois, un rapport du World Resources Institute et de l'International Finance Corporation (IFC) quantifie le pouvoir d'achat des personnes dont les revenus annuels ne dépassent pas 3,000 $US. Selon The Next 4 Billion: Market Size and Business Strategy at the Base of the Pyramid, leurs besoins ne sont pas davantage satisfaits que ceux des 1,2 milliard de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour.
Réseaux de distribution d'électricité, d'eau ou services de santé délaissent cette population. Surtout installée dans des zones rurales mal desservies, elle peine à écouler ses marchandises, est tributaire du bon vouloir d'intermédiaires et se trouve cantonnée dans une économie de subsistance. Elle subit aussi un surcoût : "Les plus pauvres ont souvent accès à des produits et des services plus chers, de moins bonne qualité, parfois difficiles voire impossibles à obtenir", précise le rapport.
L'essentiel de cette population (2,86 milliards de personnes) vit en Asie et au Moyen-Orient, puis viennent l'Afrique, l'Amérique latine et l'Europe de l'Est. Les expert-es estiment que le marché à la base de la pyramide est source d'inefficacité et favorise les monopoles, sachant que 70% de la population mondiale travaille pour l'économie souterraine. Les flux financiers suivent aussi des circuits non contrôlés. Et les transferts de fonds des émigrés vers leurs pays d'origine, probablement supérieurs de 50% aux 167 milliards $US recensés, sont soumis à des taux d'intérêt prohibitifs, selon la BM. Le rapport souligne le "piège à pauvreté" qui en résulte.
Au plus bas de la pyramide, les besoins sont dominés par l'alimentation, qui pèse 2,900 milliards $US, suivie de l'énergie (433 milliards) et du logement (332 milliards). Le rapport note l'importance des médicaments (la moitié des dépenses de santé, 158 milliards). À mesure que les revenus augmentent, la part consacrée aux transports et à la téléphonie mobile croît aussi, ce qui agit sur l'emploi.
Issu d'enquêtes menées dans 146 pays, le rapport met en avant les stratégies commerciales ayant fait la preuve de leur efficacité, les marchés potentiels et les secteurs porteurs. "L'entreprise fait partie de la solution, pas du problème", a souligné Michael Klein, économiste en chef à l'IFC.
Source : Le Monde, 26.03.2007



