Depuis bien longtemps, l'ennemi occupe une place démesurée dans nos sociétés politiques. L'ennemi a toujours été une entité plus ou moins bien définie mais que nous devions combattre : citons la bataille contre l'ennemi communiste, la lutte contre la drogue et, aujourd'hui, la guerre au terrorisme. Trouver un ennemi et jouer une rhétorique autour de la peur est la meilleure recette pour légitimer des actions qui, habituellement, auraient suscité un tollé.
À notre époque, la guerre au terrorisme s'est transformée en hostilité contre les étrangers et ce qui les caractérise : religion, valeurs, habitudes de vie, etc. Le débat actuel autour des accommodements raisonnables fait partie intégrante de cette peur de l'étranger, comme s'il y avait menace d'assimilation. Étant donné notre appui presque aveugle aux valeurs démocratiques, je me questionne alors sur la pertinence même du débat autour des accommodements raisonnables. Pourquoi tant de remous autour de ce qui est acceptable ou non, autour des limites à franchir dans plusieurs pans de notre vie en société, quand le débat est d'un tout autre ordre : celui de l'intégration des immigrant-es à notre société? Un article de Laurie Duguay, politologue.
Page reliée : La campagne médiatique sur les "accommodements raisonnables" : un "ressac" contre les droits des minorités, 16.02.2007



