Les surplus monétaires engendrés par la bonne marche des économies latino-américaines ont créé une situation paradoxale : les demandes d’investissements sociaux se confrontent aux faibles capacités des institutions publiques de mettre en oeuvre ces investissements, au mécontentement d’une grande partie de la population tenue à l’écart des succès économiques.
La Commission économique pour l’Amérique Latine (CEPAL) signale que le PIB de la région a crû de 4,5% en 2005, de 4,6% en 2006 et elle pronostique une croissance du 4,1% pour 2007. Ces taux de croissance obéissent aux prix exceptionnels des matières premières tels que le pétrole, les minéraux et la farine de poisson. À leur tour, ces prix ont augmentés à cause de la croissance accélérée des pays surpeuplés tels que la Chine et l’Inde et la gigantesque consommation des États-Unis.
Cependant, cette situation entraîne des effets pervers sur les sociétés de cette région. L’administration des surplus est difficile pour les États habitués à de faibles ressources monétaires. Ils n’ont ni l’organisation, ni les ressources humaines prêtes à effectuer cette tâche. C’est ainsi que des problèmes structurels persistants tels que l’inégalité et l’exclusion sociale deviennent plus intenses à cause de la carence de structures et de mécanismes qui permettent une redistribution adéquate des richesses. Et plus il y a de richesse mal partagée, plus il y a de mécontentement de la part de ceux qui ne sont habituellement que spectateurs du bonheur des autres.
Afin de réduire la fracture sociale, le besoin de travailler vite et bien à une distribution correcte de la richesse est donc une urgence. Cela demande des constructions immatérielles, c’est-à-dire la mise en place de principes tels que la bonne gouvernance, la concertation, le partenariat et la cohésion sociale. Cette construction demande toutefois de la bonne volonté et du temps, ce qui ne correspond pas nécessairement aux attentes de la population.
Il s’agit donc de la situation paradoxale de cette région qui a besoin d'arriver à surmonter la difficulté de concilier la mise en place de solutions à long terme aux problèmes structuraux socioéconomiques avec les besoins à court terme d’une grande partie de sa population.



