par Ginette Petitpas-Taylor, présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick
Et si le meilleur candidat était une femme, et qu’elle ne se présentait pas? Comme le disait si bien l’humoriste Kin Hubbard il y a un siècle : «Nous aimerions tous voter pour le meilleur homme, mais malheureusement il ne se présente jamais». En choisissant nos élus au sein d’un bassin ne comptant que 50% de la population, il est fort possible que nous ne choisissions pas le meilleur candidat et que nos élus ne soient pas au courant de certaines questions cruciales.
Hommes et femmes voient les choses différemment. C’est là une des principales raisons invoquées par la conseillère municipale de Moncton, Mme Katryn Barnes, pour expliquer pourquoi les femmes devraient se porter candidates aux élections. Comme elle et bien d’autres femmes l’ont indiqué, il est possible de retirer de la satisfaction de la politique à l’échelle municipale et, en fin de compte, il faut bien que les femmes partagent la lourde tâche de gouverner et de prendre des décisions.
Dans notre société moderne, les hommes et les femmes vivent encore de manière bien différente et ont encore des expériences de vie bien distinctes. Un groupe où tous sont représentés est donc plus susceptible de prendre de bonnes décisions. Comme le dit le président de la Fédération canadienne des municipalités, on prend de meilleures décisions lorsque tout le monde est présent. On s’assure ainsi que les politiques entérinées reflètent vraiment la réalité vécue par l’ensemble de la population.
À long terme, nous devrons trouver des façons de remédier aux difficultés qui empêchent les femmes de participer à la vie politique. C’est là un objectif pour l’avenir, lorsque nous aurons finalement compris qu’il y a effectivement un problème associé au fait que les assemblées élues reflètent si peu la composition de l’électorat. Ce n’est qu’alors que nous cesserons d’agir comme si l’accroissement du nombre de femmes au sein des divers gouvernements n’est qu’une question de justice envers elles.
En attendant, on tiendra des élections municipales en mai prochain et l’ajout de quelques bonnes candidates pourrait bien faire toute une différence. Lors des dernières élections municipales tenues en 2004, moins de 200 femmes s’étaient portées candidates à un poste de conseillère municipale au sein de la centaine de municipalités du Nouveau-Brunswick. Si une seule femme de plus se présentait par municipalité, nous assisterions à toute une percée. En outre, si une douzaine de femmes additionnelles avaient été élues à la mairie de leur municipalité, nous aurions le double de maires de sexe féminin dans la province.
En effet, bien souvent, les femmes qui se portent candidates sont élues – plus souvent que les hommes. Ainsi lors des élections municipales de 2004, 70% des femmes qui se sont présentées ont remporté un siège au conseil municipal par rapport à 63% des candidats de sexe masculin. Pourtant, seul un quart des conseillers municipaux et 12% des maires sont des femmes, ce qui est à peu près la norme pour l’ensemble des municipalités canadiennes. En fait, depuis ces dernières années, le nombre de conseillères municipales tend à stagner et même à diminuer.
Fait intéressant, dans les communautés autochtones du Nouveau-Brunswick, 29% des 100 conseillers et 27% des 15 chefs sont des femmes, ce qui représente un important bond en avant depuis 1990, alors qu’on ne retrouvait que 14% de conseillères et aucune femme chef. Depuis quelques années, c’est aussi une femme qui est à la tête du New Brunswick Aboriginal Peoples Council, qui représente les autochtones qui ont décidé de vivre à l’extérieur des réserves. Tout ceci est d’autant plus intéressant que les femmes autochtones n’ont obtenu le droit de vote et le droit de siéger aux conseils de bande qu’en 1951, quand on a finalement modifié la Loi sur les Indiens fédérale.
En novembre 2007, la première nation malécite du Madawaska a élu le premier conseil de bande entièrement féminin de la province en reconduisant au pouvoir sa chef pour un troisième mandat et en élisant deux conseillères. Bien que le Nouveau-Brunswick ait pu s’enorgueillir d’un conseil municipal entièrement féminin il y a de cela quelques années à Rogersville, les conseils municipaux de la province composés exclusivement d’hommes ont toujours été nombreux. Cependant, depuis les élections de 2004, il ne reste plus que 16 conseils entièrement masculins, soit Arostook, Beaubassin-Est, Campbellton, Drummond, Edmundston, Eel River Crossing, Fredericton Junction, Kedgwick, Lac Baker, Maisonnette, Millville, Petitcodiac, Pointe-Verte, Saint-Anne-de-Madawaska, Saint-Hilaire et Sussex Corner.
Comme c’est le cas pour tous les paliers de gouvernement, les conseils municipaux s’occupent de questions qui touchent différemment les hommes et les femmes. Ils traitent également directement de questions qui ont une très grande incidence sur la qualité de vie des citoyens. Fait important pour bien des femmes, une mairesse ou une conseillère municipale n’a pas besoin de se rendre dans la capitale, comme c’est le cas pour les élus des autres paliers de gouvernement. De plus, il n’est pas généralement nécessaire d’appartenir à un parti pour s’investir en politique municipale.
Il y va de l’intérêt de tous de faire élire plus de femmes puisque cela améliore les choses, non pas parce que les femmes valent mieux que les hommes, mais parce qu’on obtient ainsi un meilleur équilibre social. Comme l’ont démontré diverses études, les entreprises les plus florissantes sont celles qui se sont dotées d’équipes d’employés diversifiées comportant un nombre égal d’hommes et de femmes. Dans le cadre d’une récente étude menée par la London Business School, on a aussi constaté que les gens tendent à être moins productifs et moins confiants lorsqu’ils sont en minorité, et qu’une équipe comportant un nombre égal de membres des deux sexes est plus susceptible de faire preuve d’innovation en raison «du climat de sécurité psychologique en matière de communication qui y règne». Des études menées par le Conference Board of Canada et par d’autres organismes ont également démontré que la présence de cadres supérieurs féminins et de femmes au sein des conseils d’entreprise avait une incidence très positive sur les bénéfices nets.
Il est peu probable que beaucoup plus de femmes se portent candidates et soient élues au moment des élections municipales de 2008. En effet, partout dans le monde, la représentation féminine au sein des gouvernements ne s’est accrue que lorsqu’on a modifié les lois et qu’on a exigé que les partis politiques et les autres instances améliorent leur représentation et offrent des incitatifs et des compensations à cette fin.
L’expérience des inégalités vécues dans le monde du travail et dans la société ne prépare certainement pas les femmes à se percevoir comme des chefs ayant un avenir politique. Cependant, certaines d’entre elles ressentent le besoin de faire quelque chose et n’ont besoin que d’un peu d’encouragement pour se lancer. Il nous faut encore le concours de quelques femmes pour améliorer notre sort collectif. Si vous en connaissez une, faites-lui part de cet article et dites-lui que si elle désire faire une différence, le pouvoir dont elle a besoin se trouve à sa portée en politique municipale.
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La chronique de Ginette Petitpas-Taylor sur les questions qui touchent les femmes paraît tous les jeudis dans le Times & Transcript.
Source : Ginette Petitpas-Taylor, 24.01.2008



