En 2008, 12,000 ouvrières marocaines iront travailler de 3 à 6 mois dans des exploitations agricoles espagnoles, une avancée dans la lutte contre le chômage selon l'Agence de promotion de l'emploi (ANAPEC) qui les recrute avec le soutien de l'AENEAS, une "assistance technique et financière en faveur de pays tiers dans le domaine des migrations et de l'asile" créée en 2004 par l'Union européenne. Cette opération de recrutement répond aux besoins de l'agriculture espagnole qui manque de main-d'oeuvre bon marché, abondante au Maroc. Afin de maximiser le taux de retour au Maroc à la fin des récoltes, l'ANAPEC recrute des femmes mariées, âgées de 18 à 40 ans et mères d'enfants âgés de moins de 14 ans. Ces travailleuses doivent aussi habiter à la campagne, être pauvres et en bonne santé. Celles qui satisfont ces critères discriminatoires seront payées 33 euros pour 6,5 heures de travail par jour, et 6 euros par heure supplémentaire. Elles auront droit à un seul jour de repos par semaine, à une couverture maladie et au logement gratuit. Celles qui retourneront au Maroc auront aussi la garantie d'un contrat l'année suivante.
"Ce genre d'opération est cité désormais comme un modèle d'immigration circulaire", note Hafid Kamal, directeur général de l'ANAPEC, qui qualifie aussi cette immigration d'intelligente. Le Monde rapporte que, selon l'Association des familles de victimes de l'émigration clandestine, ce concept de migration circulaire était promu par la France durant les années 1950 et 1960 afin de justifier de grandes campagnes esclavagistes de recrutement visant la main-d'oeuvre maghrébine. Selon certains représentants du gouvernment espagnol, employer 12,000 Marocaines pauvres à 990 euros par mois serait plutôt un geste de charité et de solidarité. Le Maroc a répliqué qu'en réalité, l'Espagne ne veut pas payer des travailleurs et travailleuses agricoles espagnols au prix du marché européen. Pour sa part, la presse marocaine critique l’ANAPEC pour avoir accepté que les candidates aient moins de 40 ans, soient mères de famille et obtiennent l’autorisation de leur époux. Ce dernier point est en contradiction totale avec le nouveau code de la famille qui permet aux femmes de voyager et de circuler librement.
L'ANAPEC est également en négociation avec l’Italie, la Grèce et la France pour encourager la migration légale et circulaire. Selon Libération, on peut craindre que les désavantages subis par la main-d’œuvre saisonnière recrutée par l’ANAPEC soient les mêmes que ceux que connaissent, depuis 30 ans, les travailleurs saisonniers des champs français : interdiction de toute revendication sous peine de ne pas être repris l’année suivante; aucune perspective de progression de carrière et de salaire; aucun droit aux caisses d’allocations familiales, de chômage et de retraite; accès aux caisses de santé uniquement si le mal se déclare pendant la période travaillée; et conditions de logement parfois épouvantables.
Sources : Le Monde, 06.01.2008, Le Matin, 17.12.2007, leconomiste.com, 11.12.2007, Témoignages, 09.12.2007, AFP, 04.12.2007, liberation.fr, 03.09.2007
Pages reliées :
Les ouvrières marocaines indispensables à l’agriculture espagnole, Falila Gbadamassi, 19.09.2008
Certains immigrés n'ont jamais connu autant de misère qu'à Almeria, Le Courrier, 10.03.2008
Les clichés de l'esclavagisme moderne, Le Courrier, 16.02.2008
Où travaillent les Marocains d’Espagne, L'économiste, 21.10.2007
La pauvreté gagne du terrain au Maroc, Pierre Beaudet, 03.07.2006
Québec - Des fraises au goût amer, 30.08.2007



