II n'est plus surprenant aujourd'hui de rencontrer des femmes gestionnaires dans la plupart des milieux. Cependant, plusieurs défis demeurent et de nouveaux contextes de gestion font apparaître de nouvelles problématiques. Ce numéro de Recherches féministes a pour objet de faire le point sur un double thème : d'abord, sur la situation actuelle et l'expérience des femmes gestionnaires dans les organisations contemporaines; ensuite, sur les enjeux émergents pour lesquels les femmes, par leur présence et leur participation sous toutes ses formes, de même que le féminisme, interpellent et interrogent la gestion d'aujourd'hui. En quoi les femmes continuent-elles à interpeller et à interroger la gestion? Que ce soit par leur participation à un secteur d'activité, leurs revendications multiples, leurs regroupements, leurs expériences de fonctionnement collectif et participatif, leur résistance ou leurs discours, voire par leur absence, qu'est-ce que les femmes et le féminisme ont à dire de la gestion et à la gestion telle qu'elle est exercée dans différents contextes?
Plusieurs articles de ce numéro alimentent notre réflexion à l'égard des transformations actuelles que vivent les organisations. Pris dans leur ensemble, ces textes, à défaut de donner des réponses et d'offrir une position univoque, examinent chacun à leur manière un éventail complet des enjeux qui nous permettent de prendre le pouls de l'avancement des connaissances et de voir apparaître de nouvelles avenues de développement. Les textes rassemblés préconisent une construction sociale du genre pour laquelle l'organisation est un lieu privilégié d'expression des dynamiques de pouvoir entre les sexes. On tente de décrire et de mieux comprendre la persistance du plafond de verre dans les organisations canadiennes et québécoises. On remet en question les espoirs fondés sur les entreprises de la nouvelle économie censées faire une place meilleure aux femmes en raison de leur mode d'organisation non bureaucratique. On soulève l'importance et la prédominance des facteurs contextuels dans l'explication de la différence du leadership en éducation entre les hommes et les femmes. On examine comment la féminisation des discours et des pratiques de gestion et le concept d'espace-temps affectif peuvent contribuer à dépasser le binarisme rationalité/émotivité et permettre aux femmes gestionnaires l'aborder le travail affectif présent dans le rôle de gestionnaire avec une position force. Dans un contexte de réforme ayant pour objet de débureaucratiser l'administration publique, on explore les styles de gestion qui permettent l'expression d'un jugement éthique qui préserve les valeurs organisationnelles. Enfin, on illustre comment des femmes ont réussi, par la création de réseaux officieux et officiels, à se donner des lieux d'expression, de réflexion, de revendication, de partage, de solidarité et d'entraide.
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