Un aperçu de quelques progrès et revers qu'ont connus les femmes dans le monde en 2007 par Kathambi Kinoti de l'AWID.
En 2007, nous avons été témoin de l'accession à la présidence de trois femmes. En Argentine, la dirigeante de gauche Cristina Fernandez a été élue présidente et est devenue la deuxième femme à atteindre ce poste dans l'histoire du pays. Lors de son discours inaugural, elle a juré que les nombreuses affaires relatives aux violations des droits humains perpétrées pendant la dictature, de 1976 à 1983, seraient menées à terme. L'Amérique du Sud compte donc deux présidentes : Cristina Fernandez et Michelle Bachelet au Chili. Pratibha Patil a été élue présidente de l'Inde en juillet 2007. En tant que candidate de compromis, son élection n'est pas synonyme de progrès en matière de droits des femmes. Un chroniqueur du journal Asian Age a écrit : "Ne vous moquez pas de notre intelligence en déclarant qu'il s'agit d'une victoire pour les femmes. Il s'agit d'une victoire égoïste pour le parti du Congrès et ses dirigeants." [1] Patil a néanmoins établi un précédent en devenant la première présidente de l'Inde. En Suisse, Micheline Calmy-Rey a été élue présidente.
Benazir Bhutto, ancienne première ministre pakistanaise de retour d'exil depuis peu, a été assassinée le 27 décembre 2007. Première femme première ministre au Pakistan, elle était résolue à se porter candidate aux prochaines élections. Son assassinat a provoqué des émeutes et des troubles politiques. En février 2007, Zil-e-Huma Usman, ministre au Conseil provincial de la région du Pendjab, a également été assassinée. Son assassin, qui a avoué le crime, a déclaré à la police que "les femmes ne devraient pas occuper des positions importantes". [2] En mai, la ministre du tourisme Nilofar Bakhtiar a été contrainte de démissionner après que "le noyau dur de l'autorité religieuse islamiste l'ait taxée "d'obscène" à la suite d'une accolade donnée à un parachutiste après un saut pour une œuvre de charité". [3] Une autre femme politique en Afghanistan, Malalai Joya, a été suspendue à la suite de ce qu'elle décrit comme un complot politique, après avoir déclaré que le parlement afghan était "pire qu'une étable". [4]
La participation des femmes à la vie politique a fait l'objet d'une fatwa du grand mufti d'Égypte en février 2007. Dans cette fatwa, qui a engendré un débat houleux, il déclare que "rien, dans les principes islamiques, n'empêche les femmes d'occuper des positions institutionnelles importantes et même de devenir présidentes... l'Islam offre des droits politiques et sociaux égaux aux hommes et aux femmes". [5] Le président de la Commission de la fatwa de l'université al-Azhar a cependant attiré l'attention sur les réalités sociopolitiques en déclarant que "même si la fatwa de Gomaa repose sur des arguments valables, ce qu'il dit n'est pas faisable dans les faits au vu de la situation politique et sociale". [6]
Quinze femmes ont été élues au parlement lors des élections générales au Kenya en décembre 2007. Il s'agit là d'un record pour ce pays dont le précédent parlement ne comptait que neuf femmes parlementaires élues et neuf nommées sur un total de 222 membres. Il est probable que le nombre de femmes au sein du parlement augmente après que les partis politiques nomment plus de femmes comme l'exige la constitution de l'État. Malgré ce relatif progrès, en termes de représentation des femmes au parlement, le Kenya reste derrière ses voisins d'Afrique centrale et orientale.
Les femmes ont continué à payer un lourd tribut aux conflits dans le monde en 2007. La situation au Darfour est loin d'avoir été résolue et ce sont majoritairement les femmes qui subissent la mort, la destruction, le viol et la faim qui découlent de ce conflit. La République démocratique du Congo continue d'être le théâtre de violences sexuelles à grande échelle contre les femmes et les jeunes filles. La Commission interaméricaine des droits de l'homme a fait état du viol et du recrutement de filles et de jeunes femmes par des forces armées irrégulières telles que les Autodéfenses unies de Colombie (AUC) d'extrême droite ou les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) de gauche. Il a été signalé que les dirigeants de ces groupes paramilitaires forçaient ces femmes à fournir des services sexuels ou à effectuer des tâches domestiques. [7] En février, il a été signalé que l'armée du Myanmar avait perpétré, en toute impunité, des meurtres, viols et tortures sur les femmes Karen. [8] Les différends à propos du résultat des élections présidentielles au Kenya ont provoqué des troubles politiques. Des centaines de personnes ont été tuées, des dizaines de milliers ont été déplacées et le nombre de viols à l'encontre des femmes et des filles a connu une forte augmentation. [9]
En avril 2007, le tribunal des Nations Unies pour les crimes de guerre a rendu un jugement pouvant être considéré comme un point de repère. Il a condamné un Serbe de Bosnie, membre de la police militaire, pour avoir participé à la célèbre campagne de viols contre les Serbes musulmanes dans la ville de Foca en 1992. L'esclavage sexuel et le viol ont pour la première fois été considérés comme des crimes contre l'humanité dans l'acte d'accusation prononcé contre le policier.
L'année 2007 a été tumultueuse pour les défenseures des droits des femmes en Iran, en particulier à partir de début juillet. Certaines d'entre elles ont pris part à la campagne "Un million de signatures" qui vise à informer les Iraniennes sur leurs droits et à réformer les lois discriminatoires à l'égard des femmes. Plusieurs militantes ont été arrêtées alors qu'elles tentaient de récolter des signatures pour soutenir la campagne. Lorsque certaines d'entre elles ont refusé de signer un accord les obligeant à mettre fin à leurs activités, elles ont été accusées d'exercer des "activités contre la sécurité nationale" et emmenées en prison. D'autres militantes ont été arrêtées tandis qu'elles participaient à des manifestations pacifiques pour les droits des femmes. La pression internationale a contribué à la libération de la plupart de ces militantes mais sous des conditions draconiennes pour la majorité d'entre elles. [10] Il a été également rapporté qu'au Zimbabwe, les forces de sécurité ont régulièrement torturé ou abusé sexuellement de militantes pour les droits des femmes qui manifestaient contre les violations des droits humains, les expulsions forcées et les pénuries alimentaires dans le pays. [11]
L'avortement a continué d'être un enjeu important en matière de droits fondamentaux de la femme en 2007. Les groupes favorables à l'avortement au Nicaragua ont vainement tenté de faire pression sur leur Congrès afin de mettre fin à une loi adoptée en 2006, n'admettant aucune exception et interdisant les avortements y compris lorsque la vie de la femme est menacée. Il a été signalé que cette interdiction avait eu des "conséquences dévastatrices pour la vie et la santé des femmes", certaines d'entre elles craignant même d'avoir recours aux services de santé légaux. [12] Au Portugal, les lois en matière d'avortement ont été réformées après référendum. L'avortement est à présent autorisé pour les femmes qui sont enceintes depuis dix semaines au maximum. En cas de viol, l'avortement est autorisé jusqu'à 16 semaines de gestation et jusqu'à 24 semaines s'il s'avère que le fœtus est atteint d'une malformation congénitale ou d'une maladie incurable. Certaines femmes n'ont cependant pas pu tirer profit de ces nouvelles lois puisque certains médecins ont émis une "objection de conscience". [13] La Cour européenne des droits de l'homme a contesté les lois restrictives en matière d'avortement en Pologne en octroyant des dommages et intérêts à une Polonaise qui s'est vu refuser le droit d'avorter malgré le fait que sa santé soit en danger. Le corps législatif de Mexico a donné son accord en avril pour autoriser les avortements durant les trois premiers mois de grossesse. Poussé par son ministre de la santé, le Mozambique a également envisagé la légalisation de l'avortement. Selon lui, les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions constituent la troisième cause de mortalité maternelle dans le pays. Le Togo avait amendé ses lois à la fin de l'année 2006 afin de permettre l'avortement en cas de viol ou d'inceste.
L'Arabie saoudite est le seul pays du monde où les femmes ne sont pas autorisées à conduire. En septembre, un groupe de Saoudiennes a formé un comité ayant pour objectif de changer cette situation. L'action de ce groupe, bien qu'il ne soit pas encore parvenu à changer la loi, met en exergue le fait qu'aucun progrès en matière de droits des femmes ne devrait être considéré comme acquis.
Source : Dossier du Vendredi 04.01.2008 traduit par Monique Zachary et publié dans AWID Carrefour le 05.02.2008
Notes
1. Cité dans "India's first female president sworn in". Reuters Afrique, 25 juillet 2007.
2. "Cabinet Minister Killed in East Pakistan". Guardian Unlimited, 21 février 2007.
3. "Female Afghan and Pakistani politicians forced from office". Guardian Unlimited, 23 mars 2007.
4. Voir note 3.
5. Cité dans "Fatwa over women in politics stirs controversy". AKI Italie, 5 février 2007.
6. Voir note 5.
7. "Women Suffer Abuse Behind the Front Lines". Inter Press Service News Agency, 23 janvier 2007.
8. "Myanmar military accused of raping ethnic Karen women". Guardian Unlimited, 12 février 2007.
9. "Scores in hospital after rape ordeal". Daily Nation, 2 janvier 2008.
10. Radio Free Europe, 17 novembre 2007.
11. "Zimbabwe police torture women activists". Reuters Afrique, 10 octobre 2007.
12. "Over their Dead Bodies". Human Rights Watch, 2007.
13. "Epidemic of Conscientious Objection to Performing Abortion". Inter Press Service, 20 juillet 2007.



