Une démocratie et une société ouverte, ce n’est pas qu’un homme puisse parler de politique sans que personne ne le menace. Une démocratie, c’est quand une femme peut parler de son amant sans être tuée. Saud El Sabah
En cette Journée mondiale contre les crimes d’honneur, environ 13 femmes ou jeunes filles mourront assassinées "au nom de l'honneur familial". Elles seront beaucoup plus nombreuses à être victimes du système d’oppression de l’honneur, dont le meurtre n'est que la peine capitale. Dans Un totalitarisme contre les femmes. Répercussions des crimes et du système de "l'honneur familial" sur les conditions de vie des femmes au Moyen-Orient, Camille Boudjak de la Campagne internationale contre les crimes d'honneur tente de montrer ce que signifie vivre, ou plutôt survivre, sous le régime de l’oppression de l’honneur : mariages forcés, restrictions quant à l'accès aux droits et à la vie sociale, conséquences sur la santé, suicides...
L’essentiel de cette étude se base sur des rapports et témoignages de Palestine et de la communauté palestinienne d’Israël, mais des exemples proviennent aussi d’autres pays du Moyen-Orient et de témoignages de femmes moyen-orientales immigrées en Europe. Ces témoignages et rapports permettent d’appréhender un même système d’oppression dans des contextes différents et de montrer que, si le conflit israélo-palestinien et l’occupation de la Palestine ont des répercussions importantes sur les conditions de vie des femmes, les violences que subissent les Palestiniennes "au nom de l’honneur familial" n'en sont pas un sous-produit, mais proviennent d’un système patriarcal et tribal cohérent, existant bien avant 1948, et qui se maintient aussi dans les autres pays de la région.
Dans l'avant-propos, Camille Boudjak explique que, dans certains milieux dits "progressistes", la question des violences que vivent les femmes du Moyen-Orient est trop souvent passée sous silence. Dans les pires cas, la dénonciation des violences que subissent les femmes du Moyen-Orient est assimilée à un "soutien à l’impérialisme". Plus généralement, au nom de la priorité à la lutte de libération nationale, on passe sous silence les luttes des femmes contre l’oppression subie dans leur propre société, tout comme on gomme les luttes de classes ou tout ce qui n'entre pas dans le cadre étriqué du nationalisme, avec ses "gentils colonisés et leur lutte héroïque" d’un côté et les "méchants colons" de l’autre. En Europe même, la lutte contre les violences spécifiques que subissent des femmes issues de pays du Sud, comme l’excision, les mariages forcés ou les meurtres d’honneur, est soupçonnée d’être un "appareil idéologique d’État" raciste ou "islamophobe". Or, ce qui apparaît comme raciste et discriminatoire, c’est ce refus de lutter contre les pratiques barbares que sont l’excision, les mariages forcés ou les meurtres d’honneur. Le relativisme culturel, qui consiste à refuser l’application de droits universels, en particulier en ce qui concerne les droits des femmes, au nom des "différences de cultures", n’est finalement qu’une forme particulièrement pernicieuse du racisme.
À l'opposé des thèses réactionnaires qui cherchent à diviser le monde entre Occident et Orient pour justifier les croisades, Djihad, bombardements et autres barbaries qui ensanglantent cette région du monde, Un totalitarisme contre les femmes, en s'appuyant sur les voix de celles qui souffrent de ce système et qui le combattent, s'inscrit dans la perspective de la lutte universelle des opprimé-es pour l'émancipation du genre humain. En effet, "qu’ils justifient leur domination au nom de l’Islam, du patriotisme ou du monde libre, les dirigeants de ce monde, qu’ils vivent à Téhéran, Washington, Tel Aviv, Islamabad, Paris ou Moscou, s’enrichissent tous grâce à l’exploitation de la grande majorité de la population mondiale. Bref, s’il y a lutte, ce n’est pas entre deux mondes, le monde occidental et le monde oriental, mais entre deux conceptions du monde, une progressiste, émancipatrice, et une réactionnaire et conservatrice. Et ce combat, cette lutte entre ces deux conceptions du monde traverse tous les pays et tous les continents. L’aspiration à l’émancipation, à être considérée comme un être humain à part entière, à profiter de la vie, des richesses et des formidables progrès technologiques, même si on est née femme, n’est pas plus "occidentale" que "orientale", mais universelle."
Offert en ligne en format pdf, ce livre peut aussi être commandé pour 25$ US. Tous les bénéfices iront à la Campagne internationale contre les crimes d'honneur.




