Le 3 juin 2008, lors du premier grand rendez-vous d'élus au lendemain des élections municipales, le groupe La Barbe dérangeait les assises de l'Association des maires d'Ile-de-France (AMIF). Pendant que les personnalités politiques se succédaient à la tribune, elles se tenaient, menton poilu et dressé, parmi un public uniformément composé de costumes trois pièces. Muettes, elles brandissaient sur un panneau noir un seul mot : PARFAIT, ÉPATANT ou CHAPEAU.
«Grâce à ces hommes de pouvoir et qui savent rester à leur place, expliquent-elles, la menace que fait planer la loi sur la parité de juin 2000 peut être contenue. Sur les 39 membres titulaires que compte le conseil d'administration de l'AMIF, seules quatre sont des femmes, tandis que 13 commissions de travail sur 14 sont présidées par des hommes. Dans cette instance au moins, les femmes savent rester à leur place : cantonnées aux postes de secrétariat de l'organisation.»
Sous le regard amusé de Frédérique Calandra et celui, moins tendre, de Christine Boutin, deux des rares femmes présentes, La Barbe dénonçait ainsi le très faible pourcentage de femmes maires élues lors des dernières municipales : seules 9.6% des villes de plus de 3500 habitant-es sont dirigées par des femmes.
«L'Ile-de-France résiste encore à la féminisation des exécutifs locaux. Mais elle n'est pas épargnée par l'épidémie. Avec une moyenne effarante de presque 15% de femmes maires dans les sept départements de la couronne, elle se tient aux avant-postes de cette lamentable évolution. Les femmes s'infiltrent aujourd'hui dans les mairies; elles pourraient demain, si l'on n'y prend garde, s'emparer de l'Élysée!»
Pour La Barbe, le virus de la féminisation s'est introduit en 1999 avec l'addition d'un alinéa subversif au préambule de la Constitution française : «la mention de l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives y a creusé une brèche béante qu'il nous faudra colmater. Bientôt d'autres femmes, quelques homosexuel-les, voire quelques descendant-es des colonies, s'y engouffreront. Demain, ce sera au tour de «l'égalité dans la vie professionnelle et sociale» de se glisser dans le préambule de notre chère Constitution. Si nous ne montions la garde, la République se noierait bientôt dans ce relativisme décadent.»
Cette action intervient en effet quelques jours après le vote par le Parlement d'un nouvel amendement à la Constitution concernant l'égalité professionnelle et sociale. Un ajout qui, si le Sénat l'approuvait, désamorcerait toutes les tentatives de veto par le Conseil constitutionnel contre les mesures législatives instaurant des règles de composition contraignantes entre les sexes aux élections professionnelles, dans les conseils d'administration et les comités d'entreprise. C'est là un autre combat du groupe La Barbe qui s'est singularisé ces deux derniers mois par ses attaques contre les conseils d'administration de groupes presque entièrement composés hommes. «Bientôt, si vous n'y prenez garde, vos caissières siègeront à la tête de vos conseils d'administration», clament-elles.



