Dans les rues de Buenos Aires en Argentine, des filles armées de leurs réflexions et observations sur l’oppression des femmes cherchent toutes sortes d'occasions de faire passer des messages dérangeants. Ce sont les Mujeres Públicas, un regroupement mis sur pied en 2003 dans le but de faire de la revendication politique de manière créatrice comme alternative aux formes traditionnelles d’action politique. Elles se veulent des facilitatrices de débats, de réflexions et de dérangements sur les discours et pratiques sexistes et la phobie du lesbianisme. Leurs interventions artistiques ont été entreprises en réaction aux méthodes classiques d’expression politique qu’elles jugent rarement originales, peu efficaces en ce qui concerne la transmission de messages, et n’incitant pas à passer à l’action. Leur travail porte surtout sur la déconstruction des messages, des idées et des représentations stéréotypées de la sexualité, du travail et de la capacité de réflexion des femmes qui renforcent les oppressions subies. Elles s’attaquent entre autres à l’Église, au travail domestique, au corps, à la sexualité, au viol, à la guerre et à l’avortement.
Ce qui rend le travail des Mujeres Públicas intéressant et original, ce sont les stratégies de communication mises de l’avant dans leurs œuvres. Elles déconstruisent des éléments de discours à propos de sujets délicats et brouillent les significations des objets et expressions habituelles. Elle démontrent une certaine habilité à jouer avec les images et les mots en les sortant de leur contexte, entre autres sur des panneaux publicitaires et des affiches en BD, tout en utilisant l’humour et l’ironie.
Si le résultat est intéressant, leur démarche l'est tout autant. Elles travaillent selon des principes de création collective et refusent d’associer à une œuvre une personne en particulier. Elles s'éloignent aussi des discours idéologiques dogmatiques pour se tourner plutôt vers des messages ouverts souvent ambigus qui posent des questions sans fournir de réponses. Elles veulent ainsi amener les personnes qui reçoivent leurs messages le plus loin possible de leurs certitudes.
Par ailleurs, leur pratique artistique comme stratégie d’action politique se veut également un moyen d’appropriation des lieux publics par les femmes afin de démontrer que le travail de création politique n’est pas réservé à quelques personnes. Elles tentent aussi d’orienter leur travail de démocratisation de l’art-politique en utilisant des matériaux du quotidien, peu coûteux, mais pouvant porter un message fort. Par exemple, dans l’intervention «Cajita de fosforos», des cartons d’allumettes arborant une image et un message graphique servent de médium pour dénoncer l’oppression de l’Église à l’égard des femmes. Ou encore de petits soldats en plastique portant à leur pied un carton d'identification, comme celui qu'on utilise pour les corps qui sont à la morgue, sur lequel est inscrit «Mujeres violadas = Trofeos de guerra», ont été utilisés pour dénoncer les crimes de guerres faits aux femmes en Irak.
Notez que le matériel produit lors de leurs interventions est mis en commun dans des lieux publics et dans leur site web pour que les gens qui le souhaitent puissent se les approprier et les utiliser à leur guise. On peut découvrir leurs créations et projets sur leur site Web, en plus d’avoir la possibilité de télécharger et de diffuser librement des modèles reproductibles de chacune de leurs interventions créatives.



