Le 11 octobre 2008, un regroupement citoyen madelinot tenait une marche au coeur de Cap-aux-Meules afin de sensibiliser les Madelinots et Madeliniennes de même que les Québécois-es et le reste du Canada à ce qu’ils considèrent comme des risques et des menaces réelles envers leur milieu de vie. Après quelque quatre années d’un silence qui pouvait laisser croire à une «espèce de moratoire», voilà que les projets d’exploitation d’hydrocarbures sur le territoire madelinien refont surface en même temps que des sacs de mazout éventrés et contaminés aux BPC, enfouis dans les dunes de sable suite au naufrage de l’Irving Whale en 1970.
De récents événements inquiétants
• L’annonce de l’octroi par le gouvernement du Québec à la compagnie pétrolière Gastem d’un permis d’exploration. Ce consortium a des projets d'exploration et d'exploitation gazière et pétrolière des fonds marins et du sous-sol de l'archipel.
• Les déclarations du député Maxime Arseneau à l’effet que l’exploration et l’exploitation gazières ne nuiraient pas à l’économie de l’archipel et que rien ne se fera dans le golfe Saint-Laurent tant que le différend Québec-Ottawa au sujet de la juridiction et des redevances ne sera pas réglé.
• L’impatience manifestée par le PQ en regard du piétinement des pourparlers entre le fédéral et le provincial. Selon Pauline Marois, il serait «irresponsable» de la part du gouvernement du Québec d’ignorer le potentiel que recèle le fond du golfe Saint-Laurent. Elle met aussi énormément de pression dans ses interventions («Qu'est-ce qu'on attend? Il faut mettre le pied sur l'accélérateur») et promet de reprendre les négociations avec Ottawa dès le retour de son parti au pouvoir.
• Devant ces déclarations à l’emporte-pièce et choquantes pour la population concernée, le gouvernement libéral réplique laconiquement que les pourparlers ont repris récemment entre le fédéral et le provincial.
Des citoyen-nes en alerte
De telles miettes d’information jetées ça et là sèment un climat d’incertitude. À cela s’ajoute le manque de transparence qui prévaut depuis la tenue des audiences publiques et la publication du rapport du BAPE en 2004. Assez pour que des résident-es se sentent interpellés et décident d’alerter leurs concitoyen-nes.
D’autant plus qu’un problème inquiétant, lié à un déversement d’hydrocarbures en 1970 (suite au naufrage de l’Irving Whale), les a secoués et allumés : la découverte fréquente et encore très récente de sacs de mazout éventrés et sûrement contaminés aux BPC. Ces sacs avaient été enfouis dans le sable des dunes, suite au nettoyage des plages lors de la marée noire qui a suivi le naufrage. On se rappellera qu’il y a 38 ans, plus de 200 000 de ces sacs ont été embourrés dans le sable sur environ 80 km de dunes. On en retrouve régulièrement dans un état inquiétant, lorsque le vent et l’érosion font leur oeuvre. Ainsi, un lot de 700 sacs a dû être retiré à proximité de résidences de Pointe-aux-Loups à la fin de l’été 2008. À ce jour, d’année en année, à peine quelques milliers de ces 250 000 sacs ont été retirés et on ignore toujours où se trouvent les autres.
«Allons-nous accepter de voir, sans rien dire, nos Îles exposées aux risques de nouvelles catastrophes environnementales, advenant l’exploitation d’hydrocarbures sur le territoire insulaire et dans les eaux du golfe Saint-Laurent?», s’interrogent ces Madelinots et Madeliniennes. «Alors que la catastrophe de l’Irving Whale ne cesse de nous hanter, allons-nous laisser nos gouvernements permettre à des développeurs sans scrupules de venir menacer et possiblement compromettre ce à quoi nous tenons le plus : notre santé et celle de notre milieu de vie? Nous a-t-on demandé notre avis là-dessus? Que sait-on des véritables impacts des déversements accidentels? Quelles garanties avons-nous que les risques seront aussi contrôlés qu’on le prétend?» Beaucoup de questions inquiétantes et peu de réponses rassurantes.
Préserver ce qui n’a pas de prix
Les citoyen-nes des Îles ne sont pas contre le développement. Encore faut-il qu’il ne se fasse pas à n’importe quel prix. Ils considèrent qu’il faut préserver ce qu’ils ont de plus précieux : leur milieu encore sain mais fragile, leur mode de vie exceptionnel, leur qualité de vie (santé et longévité), des ressources maritimes renouvelables appréciées et recherchées (poissons et fruits de mer), des produits agroalimentaires renommés, des métiers et des emplois traditionnels en harmonie avec le milieu. Les Madelinots et Madeliniennes recherchent un développement local et régional respectueux de leur réalité. Ils veulent préserver un milieu sain pour eux-mêmes et pour leurs familles. Ils rêvent aussi d’un avenir stimulant pour leurs enfants.
Selon un organisateur de la marche, Raymond Gauthier, les Madelinots et Madeliniennes devront se serrer les coudes : «On se bat comme David contre Goliath», a-t-il lancé. Les organisateurs espèrent que tous les pêcheurs et les gens de l'industrie touristique vont aussi se mobiliser. «Ici on est chez nous, on a le droit de dire non. On a le droit de se lever et de dire que ce n'est pas parce que de grosses compagnies vont venir ici pour faire du «cash» avec nous autres qu'on est obligé de les laisser faire», défend Roberto Chevarie.
Sources : Madelinots en Alerte, 06.10.2008, Radio-Canada, 13.10.2008
Pages reliées :
On a marché à Cap aux Meules!, La Dernière Planète, 17.08.2008
Iles-de-la-Madeleine : les sacs de mazout refont surface, Mélanie Gauthier, 23.09.2008



