Jusqu’à l’aube des années 1990, les grands enjeux du mouvement des femmes au Québec ont essentiellement touché les domaines de la santé, de la main-d’oeuvre, de la formation et de la justice. Or les municipalités sont exclues de ces champs de compétence. Par ailleurs, leurs domaines d’intervention ne semblent guère se prêter à l’élaboration de politiques sociales, et les élus municipaux se définissent généralement comme des gestionnaires de la ville fonctionnelle, très soucieux de maintenir la taxation au minimum. Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner que la réflexion entourant les effets différenciés des politiques municipales sur les femmes reste marginale, que les femmes demeurent minoritaires au sein des conseils municipaux malgré une progression significative depuis le début des années 1980 et que, jusqu’à récemment, les conseils municipaux n’aient pas été considérés par les groupes de femmes comme des lieux de pouvoir à investir.
Dans ce contexte général, la ville de Québec fait oeuvre de pionnière. En effet, depuis 1993, elle a adopté diverses mesures concrètes pour faciliter la participation des citoyennes et la prise en compte de leurs intérêts. De plus, dès leur annonce, les restructurations municipales au Québec (qui ont abouti à la fusion de la ville de Québec avec douze municipalités de sa banlieue immédiate) ont suscité une réaction rapide : le collectif «Femmes et restructurations municipales», formé de groupes de
femmes, s’est constitué pour inscrire au coeur de la campagne électorale de novembre 2001 un point de vue féministe sur les enjeux des fusions municipales.
Dans État local et mouvement des femmes à Québec : une étude de cas (Lien social et Politiques, n° 47, 2002, p. 55-66), Nicole Brais et Winnie Frohn proposent, en étudiant le cas particulier de Québec et de sa région, des pistes d’analyse de la construction d’un nouvel objet d’action chez les groupes de femmes. L’observation participante et l’analyse de documents permettent non seulement de poser les jalons de l’histoire récente du mouvement des femmes à Québec, mais également de contribuer aux analyses féministes dans les champs des mouvements sociaux et du développement local et régional. Cette étude de cas est intéressante pour saisir la variabilité des relations entre État et rapports sociaux de sexe, ainsi que l’impact des luttes féministes dans les différentes configurations que prennent ces relations.


