« Les soins de santé exigent de nombreux effectifs. Qui dispense les soins de santé?. Posez la question aux Canadiens et Canadiennes et ils évoqueront pour la plupart les médecins et les infirmières. Leur rôle est jugé indispensable; leur travail est hautement valorisé et le plus visible de tout le secteur de la santé.
Débats sur les orientations, reportages télévisés, nouvelles, gouvernements, responsables de la santé : presque tout le discours sur les soins de santé concerne les médecins et les infirmières. Qu’il s’agisse de formation, de pénurie de main-d’oeuvre, de recrutement, de maintien de l’effectif, des salaires ou des conditions de travail, le projecteur est presque toujours dirigé vers l’une ou l’autre de ces deux professions.
Or, si le système de santé fonctionne, c’est aussi grâce à plusieurs autres métiers jugés secondaires ou auxiliaires. Mais on ne se soucie guère des enjeux qui touchent les personnes qui les exercent. Elles accomplissent pourtant un travail indispensable à la prestation des soins et au bon fonctionnement de tout le secteur. Et ce sont surtout des femmes qui en assurent la prestation.
Imaginez pour un instant un cabinet de médecin ou un hôpital sans système d’archivage adéquat. Un centre d’hébergement pour personnes âgées sans repas nutritifs. Imaginez un établissement de santé où l’entretien ne serait pas régulier, où aucune mesure particulière ne serait prise pour réduire la propagation des maladies infectieuses. Où personne ne s’occuperait de la blanchisserie et des repas, ni de consigner aux dossiers les résultats d’examens. Personne pour transporter les patients aux services de diagnostic, ni technicien pour analyser les échantillons sanguins ou faire fonctionner les appareils de radiographie. Personne pour répondre au téléphone ou accueillir les gens à la réception. Imaginez une personne frêle, malade ou en convalescence, qui vit à la maison mais ne dispose d’aucune aide pour sortir du lit, prendre un bain, préparer les repas, recevoir du soutien ou accomplir les activités de la vie quotidienne. Imaginez que vous entrez dans une salle d’urgence où aucun membre du
personnel médical ne parle votre langue et personne n’est là pour traduire ce qui se dit.
Le travail accompli par les médecins et les infirmières est essentiel, certes. Mais sans l’appui des autres membres du personnel, le système de santé ne pourrait pas fonctionner et la population ne recevrait pas les soins qu’elle nécessite et mérite. Puisqu’on oublie souvent l’existence de ce groupe d’employés, il semble justifié de le désigner par le terme de travailleurs et travailleuses invisibles de la santé. »
Extrait de la brochure Le travail invisible dans le domaine de la santé et les femmes que vient de publier le Réseau canadien pour la santé des femmes (RCSF). Celle-ci aborde ces questions : qualifier certains travailleurs et travailleuses de la santé d’«auxiliaires» pose-t-il problème? quelles sont les conséquences d’une désignation qui attribue à un groupe d’employé-es un statut accessoire, les relègue à la marge ou les exclut? en quoi les femmes sont-elles concernées?
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