Dans une lettre ouverte, Femmes autochtones du Québec (FAQ), une organisation basée à Kahnawake situé un peu au sud de Montréal, dénonce l'avis d'expulsion émis au début de février par le conseil de bande de cette réserve contre 26 personnes non-autochtones. Selon Le Devoir, ce sont surtout des hommes mariés à des femmes mohawks qui sont visés. Leur expulsion va briser des familles tout en violant les droits humains de leurs membres.
Le conseil de bande dit avoir cédé aux pressions de Mohawks qui ont porté plainte contre ces résidents. D'après Radio-Canada, le conseil s'appuie sur un règlement vieux de 30 ans selon lequel les personnes mariées avec des Mohawks après 1981 ne peuvent vivre à Kahnawake. Mais pour Ellen Gabriel, présidente des FAQ, une centaine de plaintes dans une communauté de plus de 7 000 personnes ne représentent pas l'opinion de la communauté dans son ensemble.
Dans leur lettre ouverte, les FAQ expliquent aussi que cette décision ne respecte pas non plus les coutumes des Mohawks. Traditionnellement, un homme qui épouse une femme mohawk doit résider dans la communauté de sa femme parce que c'est elle qui est la « gardienne de la terre ». Une tradition que voulait contrecarrer la Loi sur les Indiens créée afin de définir qui est un « Indien » ou pas dans un but d'assimilation avoué et pour empêcher les hommes blancs de vivre sur les terres réservées aux « Indiens ». Jusqu'en 1985, quand un Blanc épousait une Autochtone, cette dernière ne pouvait plus résider sur la réserve. N'empêche que l'adoption de non-Mohawks par les communautés mohawks est restée une pratique commune avec sa propre cérémonie et la remise d'une « ceinture d'adoption ». En retour, les personnes adoptées doivent apprendre la langue et respecter les lois et traditions des Mohawks.
Ce n'est pas la présence de non-Autochtones qui dégrade les coutumes et traditions mohawks, affirment les FAQ. La vraie menace provient « du racisme, du sexisme et des politiques inhumaines du gouvernement du Canada à travers sa Loi sur les Indiens ». Comme le conseil de bande base sa décision sur la proportion de sang indien, il s'inspire des pires aspects de cette loi. Les lettres d'éviction ne sont donc pas autre chose qu'un triste reflet du degré de colonisation des esprits de certains Autochtones, influencés par les écoles résidentielles et les politiques d'assimilation du Canada. C'est en soi une négation du droit des membres de la communauté à déterminer leur propre destin.
Chuck Strahl, ministre des Affaires indiennes et du Nord, se dit impuissant face aux avis d'expulsion. Pour Ellen Gabriel, il est clair que le ministre ne sait pas de quoi il parle. Cette décision doit être soumise au ministère des Affaires indiennes, et le ministre a le pouvoir de l'invalider.
Pages reliées :
Le Conseil de bande maintient sa décision, Radio-Canada, 16.02.2010
Kahnawà:ke and non-natives, Jessica Yee, 15.02.2010
Mythes et réalités sur les peuples autochtones, Pierre Lepage, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, 2009



