Alors que le séisme en Haïti détruisait les immeubles, il démantelait également les structures sociales qui protégeaient les femmes haïtiennes de la violence sexuelle. Avant le 12 janvier, les viols étaient déjà généralisés. Mais aujourd’hui, des centaines de milliers de femmes vivent dans la rue ou dans des camps, fréquemment isolées de leurs familles et de leurs quartiers, ce qui les rend plus vulnérables que jamais. Lors d’une enquête partielle, en date du 21 mars, les travailleuses et travailleurs d’organismes communautaires avaient recensé 230 viols dans 15 camps, soit plus de 15 incidents par camp. On n’a procédé à aucune enquête exhaustive et, malheureusement, la base de données d’UNIFEM servant à la collecte de données sur la violence sexuelle a été détruite lors du séisme. Toutefois, la ville de Port-au-Prince comptant à elle seule plus de 500 camps, il est manifeste que la violence sexuelle est largement répandue.
Certains efforts des représentants haïtiens et de la communauté internationale visent à offrir des services de protection et des soins après le viol, mais ils ne sont pas à la hauteur. Pourtant, plusieurs normes et directives internationales font valoir l’augmentation des niveaux de violence basée sur le sexe à la suite de catastrophes et proposent des recommandations pour assurer aux femmes la sécurité, les soins et les recours juridiques dont elles ont besoin. Au mépris de ces recommandations, les femmes haïtiennes ont été systématiquement exclues ou sous-représentées dans le cadre des décisions prises en réponse au séisme. Les demandes répétées des femmes pour qu’elles soient intégrées au processus d’Évaluation des besoins après désastre (PDNA) et à la Conférence internationale des donateurs du 31 mars sont demeurées sans réponse. En écartant les femmes haïtiennes des discussions, il en fut de même pour leurs besoins.
Lors de sa visite en Haïti la fin de semaine du 10 avril, Asha Rose Migiro, vice-secrétaire des Nations Unies, a entendu les femmes exprimer leurs craintes de subir des agressions sexuelles ou d’être battues. Elle a également noté les conditions précaires dans lesquelles vivait la population. Du 16 au 26 avril, Michel Forst, expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits humains en Haïti, était en Haïti. Il s'est dit inquiet des risques de violence, notamment de violences sexuelles, qui ont augmentés après le séisme. A-t-il mis à profit pour autant le travail de la vice-secrétaire Migiro afin de mettre au premier rang de l’ordre du jour les enjeux entourant la violence basée sur le sexe lors de la rencontre du Conseil de sécurité du 28 avril qui avait pour but de discuter du mandat de la MINUSTAH? A-t-il insisté pour que les États membres des Nations Unies agissent fermement et prennent de solides mesures pour traiter de la situation de la violence basée sur le sexe, particulièrement dans les camps de personnes déplacées internes en Haïti?
Pour que cesse la violence basée sur le sexe en Haïti
Les Nations Unies, qui sont chargées de la protection et de la sécurité, doivent immédiatement protéger et promouvoir les droits humains des femmes en Haïti. Parallèlement, elles doivent envisager des solutions à long terme, énoncées dans le plan de reconstruction d’Haïti, y compris le fait d’y intégrer les voix des femmes et de veiller à ce que justice soit rendue aux victimes de violence sexuelle. Les points de vue des femmes sont essentiels afin d’éviter les politiques de relèvement qui reproduisent par inadvertance la discrimination à l’égard des femmes et qui les rendent vulnérables à la violence basée sur le sexe. De telles interventions respecteraient les principes énoncés dans les documents clés produits par les Nations Unies en cette matière, notamment les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays et le Guide pour l’intégration de l’égalité des sexes dans l’action humanitaire.
L'Institute for Justice And Democracy in Haiti, Partners in Health, MADRE, le New-Media Advocacy Project (auteur de la vidéo ci-dessus) et Digital Democracy, entre autres, prient instamment les Nations Unies, et plus particulièrement le Conseil de sécurité, la MINUSTAH et les États membres des Nations Unies, de réagir avec plus d’efficacité et d’efficience suite au séisme en Haïti. Leur action devrait intégrer des mesures visant la prévention, la protection et la participation, telles que :
• Renforcer la sécurité dans les camps de déplacement, une attention particulière étant portée à la protection des femmes à l’égard de la violence basée sur le sexe. À cette fin, établir des lieux sécuritaires et sans risque où les femmes peuvent se rencontrer, s’organiser et s’encourager; propager et financer les initiatives des groupes de femmes, comme les comités citoyens de surveillance des camps.
• Consulter et intégrer les leaders féminines haïtiennes des domaines politique, non gouvernemental et communautaire, à l’évaluation de besoins et à la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des programmes de secours et de reconstruction.
• Insister auprès des États Membres pour qu’ils répondent à l’appel du Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies (DMPO), visant à déployer en Haïti plus d’agentes de la paix de sexe féminin, formées comme expertes en matière de violence basée sur le sexe et de violence sexuelle.
• Fournir aux victimes les moyens de signaler les incidents de violence sexuelle, en plus de services de santé et de santé mentale d’urgence.
• Veiller à une cueillette efficace de preuves, pour assurer la reddition de comptes et d’éventuelles poursuites judiciaires.
• Demander avec insistance au gouvernement d’Haïti qu’il rédige un Plan d’action national pour mettre en œuvre les Résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies 1325 (2000), 1612 (2005), 1820 (2008), 1882 (2009), 1888 (2009) et 1889 (2009), assorti d’un délai d’exécution et d’un budget adéquats.
Source : Pétition en anglais traduite en français par AWID
> Il faut protéger les femmes et les fillettes qui risquent de subir des violences sexuelles dans les camps haïtiens, Amnistie internationale
Pages reliées :
Action - Il faut protéger les femmes et les fillettes qui risquent de subir des violences sexuelles dans les camps haïtiens, Amnistie internationale, 17.05.2010
Bangladesh to send female peacekeeper unit to Haiti, AFP, 13.05.2010
Prévenir les abus sexuels dans le cadre de la distribution de l’aide humanitaire, AlterPresse, 10.05.2010
The Urgency of Housing in Haiti: First Priority in Addressing Widespread Rape, Beverly Bell, The Huffington Post, 04.05.2010
Reflections from a week among Haiti’s women, Abby Goldberg, Digital Democracy, 01.05.2010
Vidéo - Reportage sur la violence sexuelle et Kay Fanm, Radio-Canada, 22.04.2010
An Assessment of Women’s Current Conditions in Haiti, Huairou Commission, 16.04.2010



