Pour la New Economics Foundation (nef) de Londres, la controverse autour des bonus des banquiers soulève des questions fondamentales non seulement au sujet de la rémunération des cadres supérieurs mais aussi sur la valeur relative du travail de chacun-e. Dans un rapport publié en décembre 2009, A Bit Rich? Calculating the real value to society of different professions, la nef analyse la valeur de la contribution à la société de trois emplois à faible rémunération et de trois autres à rémunération élevée, en utilisant une méthode d'évaluation appelée le Social Return on Investment (retour social sur investissement) qui tient compte des valeurs sociales, environnementales et économiques que ces fonctions produisent ou détruisent, selon le cas. L'analyse mesure les retours économiques conventionnels, incluant la création d'emplois, tout en tenant compte par exemple de la dégradation de l'environnement et des changements positifs ou négatifs dans le bien-être des personnes et des communautés.
La recherche révèle que, pour chaque livre sterling générée, les banquiers de la City de Londres détruisent 7 livres de valeurs sociales, les cadres en publicité, 11, et les fiscalistes, 47! Alors que pour chaque livre sterling reçue en salaire, les éducatrices en garderie génèrent de 7 à 9,5 livres de bénéfices pour la société, les préposé-es à l'entretien des hôpitaux, 10, et les préposé-es au recyclage des déchets, 12.
Les hauts salaires proviennent de bénéfices extraordinaires rendus possibles parce que les entreprises n'ont pas à payer tous les coûts sociaux et environnementaux de leurs activités de production. Quelques-uns de ces coûts peuvent être difficiles à voir, tels que les émissions de gaz à effet de serre ou les impacts du travail dans des ateliers de misère, mais des gens et des sociétés doivent les assumer maintenant ou le devront dans le futur. A Bit Rich suggère que tant que les prix des biens et des services ne reflèteront pas les coûts réels de leur production, des activités très nuisibles à la société seront encouragées - par exemple, diriger une entreprise polluante ou vendre son expertise en paradis fiscaux - tandis que d'autres seront découragées alors qu'elles lui sont bénéfiques.
Selon la nef, il devrait y avoir une relation directe et positive entre la rémunération et la valeur du travail généré. Comme il n'y a cependant pas de solutions rapides parce que les enjeux autour des salaires et de la valeur du travail sont enracinés dans la structure de l'économie, la nef suggère des points de départ afin de réduire les inégalités et de relier les rémunérations aux réelles valeurs du travail dont :
• plafonner les hautes rémunérations
• introduire une taxe sur les transactions financières afin de réduire le volume des spéculations à hauts risques
• traduire la valeur sociale et environnementale dans les prix en rendant abordables les bonnes choses et dispendieuses les mauvaises
• adopter une politique de soutien des industries vertes pour remplacer la perte d'emplois à revenus moyens dans le secteur manufacturier.
Dans ce très court métrage du scénariste et réalisateur Richard Curtis, un banquier joué par Bill Nighy est interrogé sur la possibilité d’adopter une taxe sur les transactions bancaires (la taxe Robin des Bois ou la taxe Tobin). Il finit par avouer que celle-ci ne serait pas nocive pour le système financier.
Source : nef, 14.12.2009 via Gilles Bourque, 15.02.2010



