Elaine Enarson, professeure-chercheure à l’Université de Brandon au Manitoba, est reconnue comme l'une des rares spécialistes de la question du genre et des désastres naturels. Elle a entrepris des recherches sur cette thématique après avoir vécu en 1992 l’ouragan Andrew qui a ravagé plusieurs régions des États-Unis. Elle s’est alors intéressée aux vulnérabilités sociales et à la résilience aux désastres, puis aux rapports entre les sexes dans ces contextes.
Ses projets de recherche ont porté tant sur les ouragans (Miami) que sur les inondations (Rivière-Rouge, Manitoba) et les tremblements de terre (Gujarat, Inde). Elle fait partie de celles qui, dans les années 1990, ont décidé de promouvoir l’approche féministe dans l’analyse et la gestion des désastres. Par opposition à l’approche dominante de gestion technocratique des urgences, elle a poussé plus loin la sociologie des désastres déjà existante en mariant des éléments de la théorie des vulnérabilités à la théorie féministe.
Elle s’est ainsi fait connaître par ses premiers écrits en proposant d’analyser les désastres naturels à partir des perspectives des femmes (voir Trough Women's Eyes: A Gendered Research Agenda for Disaster Social Science, 1998, et The Gendered Terrain of Disaster: Through Women's Eyes, 1998). En fait, Enarson a appliqué certains éléments des théories féministes à la question des désastres en mettant l’accent sur les transformations des structures de pouvoir internationales, régionales, locales, familiales et intimes qu’ils engendrent (voir ¿Por qué “género”? ¿Por qué “mujeres”? Una introducción al tema de las mujeres y los desastres). Il s’agissait d’une avancée notoire en la matière car, en plus de s’intéresser spécifiquement aux conditions de vie et aux intérêts des femmes, ce point de vue aborde les femmes en tant que sujets actifs et créatifs plutôt qu’exclusivement en tant que victimes.
Plus récemment, elle a dirigé avec P.G. Dhar Chakrabarti l’ouvrage Women, Gender and Disaster: Global Issues and Initiatives qui dresse un portrait de plusieurs études de cas de localités et pays ayant été touchés par des désastres comme Honolulu, l'Himalaya, le Nicaragua, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Orléans, le Pakistan, le Canada, l'Inde, le Kenya, le Sri Lanka, le Brésil, le Mexique, etc. Ce livre jette les bases d’une analyse holistique et inclusive des désastres naturels, tout en présentant les principaux défis qui en résultent et des initiatives concrètes entreprises par des groupes de femmes.
Enarson est aussi connue comme la co-fondatrice du réseau Gender and Disaster, un portail créé en 1997 à la suite d’un séminaire sur les risques des désastres naturels et les pistes d'action concrètes s’y rattachant. Sur la toile, ce site web regroupe encore aujourd'hui le plus grand nombre d’analyses, d’outils, de guides et d’études de cas en plusieurs langues. Le guide Gender and Disaster Sourcebook vaut particulièrement le détour, car on y trouve des publications universitaires, des bonnes pratiques, des sites web connexes, des photos, du matériel de formation, des bibliographies, des synthèses de l’approche genre et désastre et beaucoup plus.
Pages reliées :
La problématique genre et désastre en un clin d’œil, ORÉGAND, 16.08.2010
Masculinité et désastre : les vulnérabilités masculines en question, ORÉGAND, 16.08.2010



