La sortie d'une gamme de produits de maquillage de la maison Rodarte et de MAC Cosmetics inspirée des Mexicaines assassinées à Juarez a suscité un tollé chez plusieurs organisations de la société civile cet été. Cette collection d’automne a été développée à la suite d’un voyage sur les routes du Texas, d'El Paso à Marfa. Semblerait-il que c'est la beauté des déserts, des villages du cartel de la drogue et des travailleuses de Juarez qui les ont inspirés. Rappelons que, depuis 1993, dans cette ville proche de la frontière étatsunienne, des centaines de jeunes femmes, étudiantes, serveuses et ouvrières pour la plupart, ont été assassinées tandis que beaucoup n'ont pas été retrouvées. Elles ont été violées, torturées, battues à mort, étouffées, étranglées, démembrées ou éventrées sur le chemin du retour du travail ou de l'école. Ces crimes sont commis en toute impunité sous le regard des autorités gouvernementales et policières, au mieux impuissantes, au pire complices.
Les références de cette collection de maquillage aux victimes de Juarez sont frappantes. Déjà les photographies de mannequins frêles aux traits fantomatiques, puis le nom des produits : Juarez, Quinceanera, Factory, Ghost Town et Del Norte (Juarez se trouve à la frontière nord du Mexique). Un réseau de 43 organisations de la société civile se préoccupant de la violence faite aux femmes, coordonné par l’Observatorio Ciudadano Nacional del Feminicidio (OCNF), ont affirmé qu’une telle gamme de produits et sa campagne publicitaire mondiale ne sont pas inoffensives. En plus d’exploiter la tragédie toujours en cours afin de vendre des produits et de faire des profits, elle présente les femmes encore une fois comme des victimes passives tout en minimisant la violence sexiste.
Selon l'OCNF, les femmes qui travaillent, même pour cinq dollars par jour dans les maquiladoras, bien que n’échappant pas à la misère, gagnent un soupçon d'indépendance, ce qui dérange beaucoup. N’ayant que très peu de moyens, les familles de ces jeunes filles et femmes ne représentent pas une menace de potentielles représailles judiciaires pour les assassins. Les autorités de la ville et de l'État ne souhaitent d'ailleurs pas ébruiter cette horrible situation de peur que les propriétaires de maquiladoras, qui constituent le cœur économique de la ville, quittent vers des terres plus tranquilles.
Pour toute réponse, la compagnie s'est excusée auprès des clientes qui auraient été offensées et a promis de verser 100 000 $ à une ONG de la ville de Juarez. Bien que les responsables de MAC Cosmetics se disent très «attristés au sujet de l'injustice de Juarez et qu’il s’agit d’une question très importante pour [eux]», l’OCNF juge que des excuses et une compensation financière ne suffisent guère, car elles ne permettront pas de mettre fin à ces crimes.
Pages reliées :
Maquillaje para las muertas de Juárez, Ameco Press, 30.07.2010
Un maquillage inspiré des mortes de Juarez fait scandale, L’Express, 22.07.2010
Dans l'indifférence générale - Les mortes de Juárez, Claude Rioux, 06.12.2002
Rapport de la Commission québécoise de solidarité avec les femmes de Ciudad Juarez, 2004



