Les périodes de crise qui succèdent aux désastres naturels affectent presque systématiquement les dynamiques liées à l'égalité entre les hommes et les femmes. Des chercheuses affirment que, durant ces périodes, d'importantes transformations s'effectuent au niveau de la masculinité.
La masculinité peut être comprise comme un ensemble d’idées, de valeurs et de croyances fixes sur ce que la société considère et valorise comme étant masculin et qui permet aux hommes d’exercer un pouvoir sur les femmes et sur d’autres hommes. Par exemple, Sherene H. Razack, en étudiant la masculinité hégémonique dans des contextes de crise humanitaire dans Dark Threats and White Knights, a démontré que cette puissance masculine est renforcée, puis manipulée par des processus politiques hiérarchiques et par l'intervention d’acteurs symboliques tels que les forces militaires et policières locales. Dans les situations de crise humanitaire, celles-ci voient leur travail valorisé et leur pouvoir d'action élargi, incarnant par le fait même un dangereux pouvoir de contrôle sur la vie des populations qu’elles viennent secourir.
D'ailleurs le lien différencié qu'entretiennent les hommes et les femmes par rapport à la sécurité et aux besoins de protection en période de crise humanitaire n'est pas négligeable. Il n'est pas évident que toutes les décisions relatives aux secours, dans le but d’assurer une certaine forme de sécurité, auront des répercussions similaires sur les femmes et les hommes. De fait, les interventions internationales en matière de sécurisation et de soins transforment considérablement les rapports entre les habitants d'un territoire. Bien que les rapports entre les sexes donnent en général aux hommes plus de contrôle que les femmes sur les ressources clés et sur les postes de décision, les stéréotypes et les normes de genre peuvent aussi accroître les vulnérabilités des hommes. En effet, les rapports de pouvoir entre les différents groupes d'hommes sont fondés aussi sur les normes entourant la masculinité et la virilité symbolique. Cette dernière s'opère surtout entre les groupes d'hommes par la démonstration d'un pouvoir viril supérieur des paramilitaires ou des hommes riches et d'une diminution de virilité chez les civils. Il est primordial que ces rapports de pouvoir et les vulnérabilités qui en découlent soient prises en compte, car elles influencent directement la population civile en général et plus spécifiquement les femmes
C'est dans cet esprit que Cecillia Castro, chercheuse indépendante, propose dans le document «La inequidad de género en la gestion integral del riesgo de desastre, un acercamiento» de comprendre les risques que peut encourir une population spécifique dans le cas d'un désastre par cette simple équation : risques = vulnérabilités + menaces + capacités. Toutefois, la croyance en la dichotomie femmes = vulnérabilités / hommes = capacités est fortement répandue. Cela transforme grandement les représentations sociales des femmes et des hommes ainsi que les conditions matérielles dans lesquelles ils et elles vivent.
Comme l'expose Elaine Enarson dans «Woman and girls last?: Averting the second post-katrina disaster», l'analyse des expériences des hommes dans un contexte de désastre est peu développée dans la littérature. Pourtant, dans ce contexte, les hommes sans travail, les pères célibataires, les jeunes pères de famille, ainsi que les veufs se voient tous ébranlés (de manière similaire ou différente) dans leur masculinité. Ceci peut entraîner une plus grande consommation d'alcool, de drogues et favoriser les agressions physiques, les viols, les violences conjugales et familiales. Il importe de comprendre aussi que ces vulnérabilités sont construites sur la base de représentations sociales qui associent les hommes à des héros et à des sauveurs, ce qui limite en général leur propension à demander de l'aide.
Le document «Woman, gender and disaster: men and masculinities» émet quelques recommandations en vue d'analyser, de planifier et de gérer la question des désastres naturels en termes de rapports sociaux entre les hommes et les femmes. Par exemple, au sujet de la violence conjugale, les jeunes hommes et jeunes femmes devraient bénéficier de campagnes de promotion de la santé et de planification familiale avant et après les désastres. Pour une division plus égalitaire des responsabilités, les rôles non traditionnels devraient être encouragés pour les hommes comme pour les femmes dans la reconstruction des moyens de subsistance après une catastrophe. Finalement, des données ventilées selon les sexes devraient être davantage produites pour que l'analyse comparative puisse être appliquée à des enjeux concernant à la fois les hommes et les femmes.
Sources :
Gender and Disaster Network, «Woman, gender and disaster: men and masculinities», Gender Note #3.
CASTRO, Cecilia, (2005) «La inequidad de género en la gestion integral del riesgo de desastre, un acercamiento», Revista de la Universidad Cristóbal Colón, No. 20.
ENARSON, Elaine, (2006) «Woman and girls last?: Averting the second post-katrina disaster».



