En un geste historique, le 2 juillet 2010, après quatre ans de négociation entre les États membres et de plaidoyer par les mouvements de femmes et d’autres organisations de la société civile regroupés au sein de la Campagne pour la réforme des structures en faveur de l'égalité des sexes (GEAR), l’ONU se dotait d'ONU Femmes dans le but de promouvoir plus efficacement les droits et l'égalité des femmes. Rappelons que la création d'ONU Femmes s’inscrit dans le cadre de l’agenda de la réforme de l’ONU qui vise à regrouper les ressources et les mandats pour en accentuer l’impact.
Ce nouvel organe, qui se veut une réponse au manque de cohésion et de financement dans la promotion de l’égalité des sexes, fusionne quatre départements onusiens, soient la Division pour l'avancement des femmes (DAW), créée en 1946, l’Institut international de recherche et de formation pour l'avancement des femmes (INSTRAW) et le Fonds de développement des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM), tous deux créés en 1976, et le Bureau de la conseillère spéciale pour les questions de genre et l'avancement des femmes (OSAGI), créé en 1997. L'ONU Femmes, qui sera opérationnelle en janvier 2011 à partir de New York, hérite des budgets et des équipes de ces quatre entités.
L'ONU Femmes disposera d'un budget de plus de 500 millions $, soit un peu plus du double des moyens des quatre entités réunies (221 millions $). Mais « cette somme restera de toute façon insuffisante compte tenu de l'échelle des problèmes à traiter », admet Moez Doraid, directeur adjoint de l'UNIFEM. Pour les 330 ONG de GEAR, le compte n'y est pas non plus. Un milliard $ serait un minimum. La Banque mondiale a estimé, en 2008, de 60 à 80 milliards $ les besoins de financement pour réaliser le 3e objectif du millénaire (promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes). À titre de comparaison, l'UNICEF s'appuie sur un budget de 3 milliards, et le PNUD, sur plus de 5 milliards. Avec 284 personnes, le futur effectif d'ONU Femmes sera un poids plume face à celui de l'UNICEF (7 200 personnes), du PNUD (3 334) ou même de l'ONUSIDA (900). Lors de la mise en place de la nouvelle entité, les membres de la coalition GEAR vont donc plaider en faveur d'un financement d'un milliard $.
Des ONG, à l'instar d'OXFAM-Solidarité (Belgique) qui a participé au débat sur la création d’ONU Femmes, émettent d'autres réticences. Le mandat d’ONU Femmes n'est pas aussi poussé que ce qui était espéré, entre autres parce qu’il n’aborde pas les propres politiques de genre de l’ONU. On déplore également l'opacité du processus de recrutement de la direction d’ONU Femmes, qui se fera à huis clos, sans la participation des groupes de femmes et des ONG. Une rumeur circule d’ailleurs déjà à l’effet que Michelle Bachelet, la présidente sortante du Chili, serait dans la mire des diplomates comme prochaine secrétaire générale adjointe.
Autres sources : GEAR, 01.07.2010, 09.07.2010, Brigitte Perucca, Le Monde.fr, 21.07.2010
Pages reliées :
Chronique d'une aberration évitée... à moitié, Agnès Gruda, La Presse, 11.11.2010
La campagne GEAR accueille avec enthousiasme la nomination de la nouvelle sous-secrétaire générale, Michelle Bachelet, Campagne GEAR, 14.09.2010
L'ex-présidente du Chili Michelle Bachelet nommée à la tête de l'ONU Femmes, Centre d'actualités de l'ONU, 14.09.2010



