Les 9 et 10 septembre 2010 à Ottawa, Michaëlle Jean, la gouverneure générale du Canada, était l’hôte d’une conférence intitulée Ensemble pour la sécurité des femmes. Plus de 120 femmes et hommes y ont participé. Ces personnes sont des leaders dans leurs communautés et constituantes; elles représentent le Canada dans toute sa diversité de race, d’ethnicité, de classe sociale, de handicap, de langue, d’orientation sexuelle, d’âge; elles sont issues de chaque province et territoire.
Les participant-es ont produit la déclaration ci-dessous à la conclusion de la conférence, à l’intention du gouvernement du Canada et des gouvernements de tous les niveaux (provincial, régional, municipal), formulant un appel pour des actions urgentes et un renouvellement de leur engagement envers la réalisation complète des droits humains des femmes, tels qu’ils sont formulés dans les déclarations et les traités internationaux que le Canada a ratifié, et que des ressources adéquates soient consenties immédiatement pour que cet objectif soit atteint.
Les participant-es soulignent que les politiques et les programmes faisant la promotion de l’égalité et du développement pour toutes les personnes vivant au Canada ne peuvent être développés sans la pleine participation des femmes. Les participant-es pressent les Canadien-nes à se joindre à eux, dans leurs organisations et leurs communautés, pour construire ensemble un Canada où les femmes et les hommes peuvent prospérer également.
Déclaration pour la sécurité des femmes.
Attendu que :
• L’injustice, la stigmatisation, l’exclusion, le silence et la violence sont des expériences que partagent les personnes dont l’égalité et la sécurité ne sont pas protégées, en particulier les femmes;
• Les sociétés où l’égalité et la sécurité des femmes est promue et réalisée se développent davantage et sont plus stables que les sociétés où les droits des femmes sont compromis et limités;
• Un filet social fort et étendu est essentiel pour la protection de l’égalité et de la sécurité des personnes les plus vulnérables dans la société, la majorité d’entre elles étant des femmes et des enfants;
• Une érosion importante des programmes et des services de base, notamment l’assistance sociale et le logement abordable, qui sont le fondement d’une société égalitaire;
• Les femmes autochtones, les femmes membres des minorités visibles, immigrantes, lesbiennes-queer-transgenres et bisexuelles, les femmes handicapées et les filles sont particulièrement vulnérables à la stigmatisation, la violence, l’injustice, l’exclusion et le silence, qui engendrent l’insécurité et l’inégalité;
Reconnaissant aussi que :
• La violence qui s’exerce contre les femmes au Canada, en particulier contre les femmes autochtones et les femmes marginalisées, est un problème urgent et largement répandu; c’est aussi une violation des droits humains qui compromet la sécurité physique et psychologique des femmes et des filles;
• Les inégalités persistantes sur le marché du travail compromettent la sécurité socio-économique des femmes au Canada;
• Les femmes ne sont pas représentées également dans les postes de pouvoir formel et elles n’ont pas une influence ni un accès équivalent à celui des hommes à l’engagement démocratique avec leurs gouvernements;
• L’accès des femmes à la justice a été réduit à cause des coupures au financement de l’aide juridique, en particulier l’aide juridique en matière civile et le programme de contestation judiciaire; il a aussi été réduit à cause d’attaques officielles et indirectes sur les institutions de protection des droits humains.
Par conséquent il est résolu que :
• Soit développée de façon urgente une stratégie nationale visant l’amélioration de l’égalité des femmes et le renforcement de leur sécurité; cette stratégie doit être soutenue par tous les niveaux de gouvernements et dotée de cibles et d’objectifs clairs;
• Que le Canada endosse sans limite la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones;
• Que le gouvernement du Canada revitalise les protections d’un traitement équitable et qu’il renverse les mesures régressives contenues dans les réformes du droit criminel qui étaient supposées protéger les victimes, en particulier les femmes et les filles, mais qui dans les faits alimentent l’augmentation de la criminalisation des femmes et des filles;
• Qu’un financement adéquat et des ressources conséquentes soient assignés immédiatement par les gouvernements fédéral et provinciaux pour assurer que les femmes puissent exercer leurs droits humains fondamentaux et constitutionnels, et pour garantir leurs autres protections et droits;
• Que de nouveaux mécanismes soient mis en place pour documenter et rendre imputables la police, les procureurs, les juges et les autorités pénitentiaires pour leur traitement des femmes victimes de violence, des prisonnières, des détenues en vertu de l’immigration ou autres femmes faisant l’objet d’un traitement par le système de justice;
• Que des programmes de formation inclusifs et équitables soient développés aux niveaux primaire, secondaire et post-secondaire pour rendre visibles les contributions, les défis et les réalisations des femmes, et pour éduquer les étudiantes et étudiants sur l’égalité et la sécurité des femmes;
• Qu’une enquête publique soit menée et qu’un plan d’action national, dirigé par les organisations de femmes autochtones, soit implanté, pour que la lumière soit faite concernant la disparition et le meurtre de centaines de femmes et de filles autochtones. Ces meurtres et disparitions constituent une violation massive et systématique des droits humains qui requiert une réponse officielle et urgente du Canada;
• Que les politiques sociales, économiques et culturelles du gouvernement du Canada, et les pratiques qui en découlent, soient un reflet des engagements internationaux du Canada en matière de droits humains et qu’ils respectent et fassent la promotion de la valeur des peuples autochtones concernant l’égalité des femmes;
• Que la santé des femmes soit une priorité, en tenant compte des besoins particuliers des femmes à toutes les étapes du cycle de vie. Des investissements nouveaux et soutenus dans les politiques, les programmes, la formation, la recherche et l’innovation sont nécessaires de façon urgente pour optimiser les résultats en santé et pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Il est vital d’assurer à toutes les femmes, un accès équitable et au moment approprié, aux soins de santé dans un système public sans but lucratif;
• Que des mesures concrètes soient prises pour que les femmes participent davantage au processus électoral; que les processus démocratiques et de soutien financier soient conçus avec la pleine participation des femmes, pour assurer un dialogue réel et un engagement entre les femmes et leurs gouvernements;
• Que les gouvernements de tous les niveaux corrigent l’érosion du filet social au Canada et qu’ils s’assurent qu’il est en mesure de répondre aux besoins essentiels des femmes et des enfants pour réaliser l’égalité et la sécurité;
• Que les jeunes femmes et les filles aient accès aux opportunités d’autonomisation pour qu’elles développent leur confiance et leur sentiment de compétence, notamment par la formation à l’auto-défense, à leur santé sexuelle et leur expression sous diverses formes dont les arts;
• Que l’implantation de ces recommandations soit suivie et évaluée en utilisant les méthodes de recherche éprouvées; que les données quantitatives et qualitatives relatives à ces évaluations soient publiquement disponibles et qu’un rapport à cet effet soit fait au moins à tous les deux ans par le ministre responsable du statut de la femme au Comité permanent de la condition féminine (FEWO) et au Comité permanent de la justice, des droits de la personne, de la sécurité publique et de la protection civile (JUST).
Vidéo reliée : Après 50 ans, où en sommes-nous?, Ensemble pour la sécurité des femmes, CPAC, 09.11.2010



