À Saint-Camille en Estrie, on n'a pas l'habitude de faire les choses à moitié. Le 22 février, les Éditions Écosociété publient Saint-Camille, le pari de la convivialité de Jocelyne Béique, avec une préface de Bernard Cassen (auteur de l'article Un village-monde au Québec - Longue vie à Saint-Camille! publié par Le Monde diplomatique en août 2006). En même temps sort le documentaire Saint-Camille : les irréductibles le 23 février à Montréal. On pourra le voir aussi à Rimouski le 24 février, à Val d'or le 2 mars, à Saint-Camille le 4 mars et du 7 au 9 mars à Télé-Québec.
Le développement des pôles urbains au détriment des zones rurales est une réalité depuis longtemps décriée. Les campagnes se vident, au profit des villes, posant un véritable problème d’occupation du territoire. Et si l’avenir de nos régions passait par une nouvelle façon de penser la vie rurale et une plus grande prise en charge de notre destinée? Depuis 25 ans déjà, le village de Saint-Camille a refusé l’inéluctable et a retroussé ses manches. Il a su renverser la vapeur en redonnant ses lettres de noblesse au mot « communauté ». Les citoyen-nes se sont pris en main pour recréer une cohésion sociale, territoriale, intergénérationnelle et ont su rebâtir un village à échelle humaine, à tel point que, partout au Québec, Saint-Camille fait figure de modèle. Sa réussite fascine. En effet, comment ont-ils réussi ce tour de force qui donne envie d’aller s’y installer?
Pendant quatre ans, caméra à l'épaule, Isaac Isitan a suivi 25 nouvelles familles venues y construire leur maison. Pour sa part, Jocelyne Béïque, habitante du village voisin, participe depuis des années à la vie politique palpitante de Saint-Camille. Son livre nous entraîne dans l’aventure de cette municipalité pas comme les autre.
Saint-Camille a réussi un pari ambitieux : augmenter sa population en devenant un véritable laboratoire rural où foisonnent les projets inspirants. C’est pour enrayer la chute démographique qu’en 1985, quatre habitants du village créent un fonds éthique de financement de proximité, le Groupe du coin. L’objectif : racheter des locaux inutilisés, les transformer pour en faire des lieux attrayants et rassembleurs, créateurs de services de proximité et susceptibles de ramener la population au village. Depuis, la vitalité collective de Saint-Camille a séduit.
C’est ainsi que le magasin général est devenu Le P’tit Bonheur, centre culturel et communautaire, lieu de rencontre où l’on peut manger quelques pizzas préparées par des bénévoles ou siroter une bière locale. Un lieu pour se rassembler et penser le développement de façon concertée. Puis c’est au tour du presbytère d’être transformé en coopérative d’habitation pour personnes âgées et en coopérative de soins et services, appelée La Corvée. Sans oublier la création d’un salon de diversification agricole pour organiser la relève agricole dans une perspective écologique, ou encore une coopérative d’habitation de 25 terrains, qui comptent parmi les nombreux projets qui animent Saint-Camille.
Les habitant-es ont su créer une communauté où règnent la convivialité et la quête du bien commun. À ces deux variables s’ajoute le concept de communauté « apprenante », consciente du chemin qui lui reste à parcourir et des outils à mettre en place pour arriver à ses fins. Ce développement local intégré, fruit d’une réflexion commune, fait de Saint-Camille un modèle à suivre pour l’avenir de nos régions. Espérons que les MRC sauront utiliser ce livre et ce documentaire pour construire, dans leurs villages, d’autres Saint-Camille où il fait si bon vivre... du moins, tant qu'une entreprise gazière ou minière ne décide pas de venir y exploiter le sous-sol!
La vitalité de Saint-Camille est aujourd'hui compromise par l'arrivée d'un nouvel acteur incompatible avec les orientations déterminées démocratiquement par la collectivité. En décembre 2010, les habitant-es apprenaient avec stupéfaction que la minière Bowmore envisage d'exploiter une mine d'or à ciel ouvert sur leur territoire. Actuellement, des dizaines de familles de Saint-Camille tentent d'exploiter une petite faille dans l'archaïque Loi québécoise sur les mines afin d'empêcher Bowmore de procéder à des travaux d’exploration. En effet, il faut des ententes préalables de gré à gré entre la compagnie et les propriétaires des terrains pour qu'elle puisse les explorer. Sinon, elle peut demander à Québec la permission de les exproprier, ce qui ne serait pas sans soulever un tollé de protestations. N'empêche que la communauté est inquiète et souhaite ardemment continuer à déterminer elle-même les orientations à donner à son développement.
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Source : Elodie Comtois - ecomtois@ecosociete.org
Pages reliées :
Saint-Camille : là où il y a plus d’acteurs que de spectateurs, Communauté 36, Radio-Canada, 22.10.2011
Au beau milieu de la côte des Chimères : l’utopie de Saint-Camille, Catherine Berger, Le Mouton Noir, 03.05.2011
L’Abitibi veut se sortir du trou, Rue Frontenac, 05.03.2011
Les Rochvillois à la défense de leurs «intérêts supérieurs», Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 22.02.2011
La communauté persiste et interpelle le gouvernement, Comité de citoyens Mine de rien, 11.02.2011
Bowmore reste en lien avec des résidants, Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir, 11.02.2011
Les citoyens repoussent Bowmore, Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir, 10.02.2011
Nous ne sommes plus souverains sur nos terres, Joël Nadeau du comité de citoyens Mine de rien, 04.02.2011



