Dans la décennie 1970, les mouvements féministes dits « de la deuxième vague » bousculèrent un univers patriarcal qui assignait les femmes à résidence, assignation des corps et des esprits. Par centaines de milliers, des femmes courageuses, insolentes, imaginatives mettaient à nu de multiples territoires d’oppression, démontaient les mille et un visages de la domination masculine, défaisaient les outils d’analyse censés dire le réel en oubliant « le deuxième sexe », inventaient de nouveaux espaces d’égalité et de liberté, redécouvraient une histoire qui ne leur avait pas été transmise, une longue histoire d’émancipation et même de libération, une interminable histoire de victoires et de défaites, d’avancées et de reculs.
40 ans plus tard, le monde n’est plus le même. Des mutations géopolitiques, des changements économiques, sociaux, sociétaux, des déplacements idéologiques ont façonné un « monde mondial » qui conjugue paradoxalement uniformisation et quêtes identitaires, ou qui use de la différence des cultures comme d’une arme contre l’universalisme.
Sur cette scène mondiale, comment ne pas constater que les femmes sont au coeur de questions de société et même de conflits géopolitiques? Leur « cause », alors qu’elle a été et est de plus en plus reconnue, est aussi instrumentalisée pour servir d’argument à toutes sortes de politiques. Dominer les femmes, ou les protéger, ou les libérer... en parlant à leur place, en leur nom.
Du 3 au 5 décembre 2010, le congrès international intitulé Le féminisme à l'épreuve des mutations géopolitiques se proposait d’envisager quelques-uns des problèmes politiques et sociaux du monde tel qu’il est devenu à partir de la question des femmes et avec leurs analyses : à l’heure de la mondialisation, que veut dire « égalité des sexes » et « liberté des femmes »? Quelle traduction de mots d’ordre anciens – par exemple : « notre corps nous appartient » – dans une division internationale et sexuée du travail, travail de production et de reproduction? Que sont devenues nos conquêtes entre marchandisation triomphante et retour du religieux? À quoi servent les institutions, nationales et internationales, chargées des politiques d’égalité? À l’heure du post – post communisme, post colonialisme, post modernisme – qu’est-ce qu’une politique féministe?
Autant de questions qui étaient abordées lors de ce congrès à plusieurs voix, voix du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, réunies durant presque trois jours dans un dépassement des positionnements géographiques. En ligne, des vidéos permettent d'en voir l'essentiel.
Le congrès intitulé Le féminisme à l'épreuve des mutations géopolitiques vu par Geneviève Fraisse, directrice de recherche au CNRS.



