Dans le journal Le Nouvelliste figure un article, signé de M. Guyler C. Delva, intitulé « Reuters Foundation lance un forum sur la violence sexuelle contre les femmes ». Kay Fanm et SOFA (Solidarité des femmes haïtiennes) sont stupéfaites de voir que leurs noms sont mentionnés comme « groupes de défense des droits des femmes […] appelés à jouer un rôle important dans ce forum qui sera un lieu de discussions ouvertes sur la problématique de la violence sexuelle exercée contre les femmes ». Kay Fanm et SOFA tiennent à informer le public en général, les organisations de femmes et les organisations féministes en particulier, qu’elles ne sont pas impliquées dans ce forum de la fondation Thomson/Reuters qui se tient le 6 mai.
Le seul contact que Kay Fanm et SOFA ont eu avec la fondation Thomson/Reuters date du 2 mars 2011. Sur demande de la fondation, la Concertation nationale contre les violences faites aux femmes, Kay Fanm, MOUFHED (Mouvement des femmes haïtiennes pour l’éducation et le développement) et SOFA ont eu à rencontrer Mme Sarah Kroon Chiles, vice-présidente de la fondation, accompagnée de M. Delva qui jouait le rôle de traducteur.
Kay Fanm et SOFA sont d’autant plus étonnées que la position des organisations ayant rencontré la fondation Thomson/Reuters avait été exprimée sans équivoque par rapport à la tenue de ce forum. Selon l’objet annoncé de la rencontre, celle-ci portait sur la législation concernant les droits des femmes et des filles. Au cours des discussions, la fondation a introduit le point relatif au viol des femmes dans les camps. Au terme de la rencontre, la fondation a déclaré qu’elle effectuerait le suivi avec les organisations. À date, les organisations n’ont plus eu aucun contact avec la fondation et c’est par la presse que Kay Fanm et SOFA ont été informées de la tenue du forum.
Les organisations ont clairement fait valoir à la fondation Thomson/Reuters leur opinion sur les questions suivantes :
Les violences sexuelles dans les camps de personnes déplacées
Les féministes considèrent qu’il y a une surenchère médiatique internationale entourant la problématique du viol dans les camps en Haïti. Cette surenchère voudrait faire croire qu'il y a "une épidémie de viols" dans le pays. Suivant cette logique, le viol serait une maladie haïtienne, la majorité des Haïtiens seraient fondamentalement des prédateurs sexuels et les Haïtiennes ne se définiraient qu'en tant que "victimes". Ce battage médiatique, réalisé avec la collaboration de certains groupes de femmes, ne s'intéresse qu'aux viols perpétrés dans les camps; comme si la très grande majorité des populations haïtiennes ne vit pas dans d'autres espaces, tels que les quartiers populaires, les bidonvilles et le milieu rural; comme si ces populations ne vivent pas dans des conditions désastreuses qui exposent les femmes et les filles à toutes sortes de violences.
Les manières de procéder de certains ONG (organisations non gouvernementales) étrangères qui pullulent dans le pays depuis le séisme du 12 janvier 2010
Les féministes ont exprimé leur désaccord sur les approches adoptées car ces ONG veulent systématiquement faire fi de toutes les expériences de lutte et des savoir-faire acquis, au cours des 25 dernières années, pour la promotion, la défense et le respect des droits des femmes et des filles, notamment en ce qui concerne les violences spécifiques fondées sur l’appartenance au sexe féminin. Ces ONG se plaisent à raconter que le mouvement féministe a été emporté par le séisme. C'est peut-être un souhait, mais cela n'a rien à voir avec la réalité quotidienne des militantes qui, en dépit de leurs pertes, ont su rapidement se redresser pour poursuivre le combat, pour continuer à accueillir et à offrir des services adéquats aux femmes et filles victimes de toutes les formes de violence. Les féministes ont aussi indexé les manières de faire qui tendent à garantir de la visibilité à ces ONG étrangères, sans s'attaquer aux questions de fond et, surtout, sans moindrement chercher à appuyer véritablement les actions des organisations impliquées depuis 25 ans dans le combat contre les violences de genre.
Le forum sur la violence sexuelle contre les femmes et les filles
Les féministes ont déclaré, de manière nette et claire, ne pas être intéressées par un énième forum sur les violences. En revanche, elles ont manifesté leur intérêt pour une collaboration éventuelle en vue de travailler sur une loi cadre contre les violences faites aux femmes et aux filles.
Kay Fanm et SOFA dénoncent le procédé utilisé par la fondation Thomson/Reuters qui participe de la logique tendant d’une part, à imposer un agenda de travail aux organisations haïtiennes et, d’autre part, à les réduire à de vulgaires projets.
Port-au-Prince, le 6 mai 2011
Pour Kay Fanm: Danièle Magloire - Pour SOFA : Olga Benoit
Page reliée : Haitian Feminist Yolette Jeanty Honored With Other Global Women’s Activists, Gina Ulysse, 28.04.2011



