Le 18 mai, 18 Prix Nobel réunis à un Symposium sur le développement durable lançaient un appel urgent aux dirigeants afin qu'ils agissent en faveur du développement durable et de l’environnement. Selon eux, plus aucun doute n’est permis, rapporte rfi.fr : « les modèles de production, de consommation et de croissance démographique actuels dépassent la capacité de la Terre à subvenir aux besoins de l’humanité ». L’activité humaine aurait de telles conséquences sur l’environnement que la Terre serait même entrée dans une nouvelle ère géologique : l’Anthropocène. Dans leur mémorandum, ils soulignent que nous ne pouvons plus exclure la possibilité que nos actions nous mèneront à un point de non-retour aux conséquences abruptes et irréversibles.
Quelques jours avant cette sortie médiatique des Prix Nobel, Hervé Kempf, un essayiste et journaliste spécialisé en environnement, faisait une tournée québécoise afin de présenter son livre L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie publié en janvier 2011. Le 6 mai, il était au Cégep de Rimouski. La vidéo ci-dessus présente l'intégralité de son discours relié à ce contexte de crise écologique majeure, qu'il voit aussi comme le défi de ce début du 21e siècle au point de souligner qu'il n'y en a pas d'autre.
Il débute son exposé en disant que certains écologistes pensent que les citoyen-nes ne sont pas en mesure de prendre les décisions qui s'imposent et recommandent donc un pouvoir autoritaire. Hervé Kempf avance plutôt comme thèse que le problème est que, dans les pays occidentaux, la démocratie s'est dégradée au cours des dernières décennies au point qu'il serait plus juste de parler d'oligarchie - i.e. du « pouvoir de quelques-uns, qui délibèrent entre eux des solutions qu'ils vont imposer à tous » - que de démocratie.
Son exposé porte essentiellement sur ce qui dégrade les démocraties occidentales depuis les années 1980 : la puissance démesurée prise par le système financier et bancaire par rapport au pouvoir politique, l'hybridation des milieux politiques et économiques avec sa logique de conflits d'intérêts, la corruption qui s'installe de plus en plus au coeur des systèmes politiques, l'importance énorme des lobbys qui essaient d'orienter les décisions politiques, le financement privé des partis politiques, la privatisation généralisée des biens publics voire même des fonctions régaliennes des États, le contrôle des médias de masse par des puissances oligarchiques, la grande place que prend l'écoute de la télévision qui divertit plus qu'elle n'informe, diminuant le temps jadis consacré à la délibération tout en nous matraquant de publicités qui valorisent la surconsommation, tout cela fait en sorte que les pays occidentaux seraient en train de laisser s'installer un autre type de système politique que la démocratie, soit un régime oligarchique.
Kempf soutient que, dans un tel système politique, il n'est pas possible de changer nos modèles de production et de consommation afin de rendre nos sociétés durables. En effet, comment faire accepter à la classe moyenne de changer sa façon de vivre si elle continue de voir les riches et puissants promouvoir le même modèle culturel de surconsommation et de gaspillage? De plus, comment réaménager nos activités de production et de consommation, afin qu'elles respectent la capacité de la planète à subvenir à nos besoins, sans se réapproprier les richesses collectives?
Dans l'intéressante entrevue qu'il donnait le 13 mai à l’émission Planète Terre des chercheur-es du CÉRIUM, Kempf précise que la démocratie est un mouvement qui progresse et recule. En s'appuyant sur ce qu'il en reste, des citoyen-nes courageux pourraient arriver à faire revivre les délibérations démocratiques bien informées, dans une réelle liberté de choix, plutôt que d'accepter ceux qui permettent à l'oligarchie de conserver ses privilèges « au mépris des urgences sociales et écologiques ». Pensons par exemple au vif débat sur l'extraction du gaz de schiste encore loin d'être clos.
> Les 20 premières pages de L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie sont en accès libre de même que des extraits sur l’apathie populaire.
Pages reliées :
Comment en finir avec l’oligarchie : dialogue entre Eva Joly et Hervé Kempf, Agnès Rousseaux, 18.05.2011
Politique - La fin de l'oligarchie?, Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir, 12.02.2011
Hervé Kempf : mettre en garde contre les excès du capitalisme, Christiane Charette, Radio-Canada, 02.05.2011
Environnement - Alerte au Québec, Hervé Kempf, Le Devoir, 11.05.2011
Le ministre Arcand s'en prend au Monde, Tommy Chouinard, La Presse, 11.05.2011
Réplique à Pierre Arcand, Hervé Kempf, Le Devoir, 12.05.2011
Réplique à Hervé Kempf - Le Québec serait-il le « plus pire pays du monde »?, Steven Guilbeault, Le Devoir, 13.05.2011
Bilan écologique du Québec - Hervé Kempf répond à Steven Guilbeault, Hervé Kempf, 16.05.2011
Hervé Kempf propose des changements majeurs pour sauver la planète, ORÉGAND via l'UQO, 30.04.2009



