Le 4 octobre, l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) lançait sa 10e note d’intervention intitulée Les inégalités au Québec : si la tendance se maintient.... Les économistes Josée Lamoureux et Gilles L. Bourque y constatent une hausse des inégalités de revenu au Québec, passent en revue les différentes théories pour expliquer le phénomène et proposent deux séries de mesures. Bien que la croissance des inégalités de revenu soit moins marquée au Québec que dans le reste du Canada, l’étude constate que l’effet redistributif des politiques québécoises est insuffisant pour stopper leur accroissement. De plus, elles n’ont rien d’exceptionnel en comparaison des pays européens.
« Nous sommes loin d’être immunisés contre l’élargissement des écarts entre les riches et les pauvres et contre la tendance à la polarisation des revenus observés dans l’ensemble des économies capitalistes. Dans cette perspective, nous pensons que le gouvernement du Québec doit appliquer des mesures afin de créer les conditions pour une amélioration significative de la distribution des revenus du marché », expliquent les auteur-es.
Les deux économistes recommandent deux séries de mesures. D’une part, créer les conditions pour une amélioration significative de la distribution des revenus du marché. Dans cette perspective, sont essentiels l’accès à un emploi de qualité et le maintien du taux du salaire minimum à un seuil suffisant. Enfin, une bonne couverture syndicale figure parmi les leviers les plus efficaces pour lutter contre les inégalités sur le marché du travail. D’autre part, redonner à la fiscalité un rôle redistributif plus fort en ajoutant un nouveau palier d’imposition pour les ménages les plus fortunés.
L’élargissement des écarts de richesse
L’élargissement des écarts de richesse au cours des dernières décennies est largement attribuable à l’évolution des revenus du marché. Cette évolution est d’autant plus préoccupante qu’elle s’est produite en période de croissance économique soutenue et de taux de chômage en recul. Alors que l’on se serait attendu à un recul des inégalités lors du dernier cycle économique, elles ne sont jamais redescendues au niveau atteint en 1989. Depuis la fin des années 1980, les politiques fiscales et redistributives, bien qu’importantes, ne parviennent plus à compenser la progression des écarts dans les revenus du marché. Le problème survient du fait que la majorité des gains de revenus ont été aux 10% les plus riches alors que les ménages de la classe moyenne ont vu leur situation se détériorer.
Il est possible de faire mieux : l’exemple des pays européens
Des pays comme la Suède ou le Danemark, qui affichent des niveaux d’inégalités plus faibles avant impôt et transferts que le Québec, font beaucoup plus d’efforts en matière de redistribution. Ils obtiennent ainsi de très faibles taux d’inégalités après la prise en compte des impôts et des programmes de transferts. D’autres pays, comme la Belgique ou l’Allemagne, qui enregistrent de fortes inégalités de revenu de marché, font aussi beaucoup de redistribution et obtiennent des résultats enviables. La situation américaine est le contre-exemple parfait. Les inégalités de revenu du marché sont fortes et la redistribution y est très faible, ce qui positionne les États-Unis parmi les pays les plus inégalitaires.
Source : IRÉC, 04.10.2011



