« Haïti est ouverte aux affaires. » C’est ce que le président Michel « Sweet Micky » Martelly a affirmé le 28 novembre dans une cérémonie de pose de la première pierre d’un parc industriel géant dans le nord-est d’Haïti. Comme dans d’autres pays du monde, Martelly, son gouvernement et ses « conseillers », comme l’ancien président américain Bill Clinton, font la promotion d’Haïti comme un rêve devenu réalité.
« Nous sommes prêts pour de nouvelles idées et de nouvelles entreprises, et nous créons les conditions nécessaires pour qu'Haïti devienne une destination naturelle et attrayante pour les investissements étrangers », a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec des investisseurs étrangers à New York en septembre dernier. « La fenêtre d'opportunités est maintenant ouverte », ajoutait l’un de ses collaborateurs. « Haïti a un nouveau président et une nouvelle façon de penser les investissements étrangers et la création d’emplois. »
Le président est peut-être nouveau et il y a peut-être de nouveaux acteurs sur la scène, mais il n’y a pas grand-chose de neuf dans les plans. Une fois de plus, le gouvernement et le secteur privé haïtien, comme leurs patrons internationaux, vantent l’« avantage comparatif » des salaires de misère.
Les usines d’assemblage et les zones franches font partie du programme de « développement » d’Haïti depuis des décennies. Maintenant qu’ils ont accès à des milliards en financement, en prêts et en investissements privés, les gouvernements haïtien et étrangers, et le secteur privé, sont en train de développer toute une série de zones manufacturières dans le cadre de la « reconstruction » du pays.
Pire, ils ont choisi une terre agricole fertile pour présenter leur projet modèle : un parc industriel géant, lourdement financé par les contribuables américains avec 124 millions $ US. Dans six mois, la grande compagnie de textiles Sae-A Trading, de la Corée du Sud, ouvrira ses portes. Pour ses eaux usées, ses usines utiliseront une rivière qui se déverse dans la fragile Baie de Caracol. En plus des dangers potentiels pour l’environnement haïtien déjà dévasté, cette nouvelle méga-usine coudera des millions des vêtements pour Wal-Mart, Target, GAP et d'autres chaines de vêtements américaines, ce qui mettra probablement plus d'ouvriers américains au chômage.
Aucun grand média, en Haïti ou à l’étranger, n’a couvert ces phénomènes ni d’autres qui ont été présentés comme une occasion « win-win » (« gagnante-gagnante ») pour les investisseurs étrangers et le peuple haïtien. En effet, plusieurs journalistes sont presque des promoteurs. Mais dans la « nouvelle » Haïti, il y aura assurément des gagnants et des perdants.
Enquête
Haiti Grassroots Watch, qui se veut un chien de garde de la reconstruction d’Haïti, a passé des mois à enquêter, à mener plus de trois douzaines d’entrevues, à visiter des zones manufacturières et des travailleurs dans le nord-est et dans la capitale, et à analyser des douzaines de publications universitaires et de rapports, dont un document interne divulgué par un employé du ministère de l’Environnement d’Haïti.
Ouvrières dans une usine de CODEVI à Ouanaminthe, travaillant sur des tee-shirts Hanes. Photo : Haiti Grassroots Watch.
Haiti Grassroots Watch a notamment constaté que :
• Les ouvriers gagnent moins aujourd’hui que sous la dictature Duvalier.
• Plus de la moitié du salaire quotidien est dépensée dans les repas et frais de transport.
• Haïti et ses voisins ont tous essayé le modèle de développement des usines d’assemblage en obtenant rarement les résultats attendus.
• On compte au moins six zones franches ou parcs industriels en développement pour Haïti.
• Le nouveau parc industriel du nord comporte des coûts et des risques : de grands mouvements de la population, une plus grande pression sur la nappe phréatique, la perte de terres agricoles; et il sera construit en bordure d’une zone qui allait être classée « aire marine protégée ».
Un dossier produit en collaboration avec le Groupe Médialternatif/Alterpresse, la Société d’animation et de communication sociale (SAKS), REFRAKA, le réseau des animatrices de radios communautaires, et l’Association des médias communautaires (AMEKA) :
• Les salaires dans la « nouvelle » Haïti
• Anti-syndicalisme, pro-« course vers le bas »
• Pourquoi Haïti est si « attrayante»?
• Quel est le plan pour Haïti?
• Tremplin ou cul-de-sac?
• Le parc industriel de Caracol
• Caracol : une situation « gagnante-gagnante » pour tous?
Source : Haiti Grassroots Watch, 29.11.2011 sous une licence Creative Commons.



