Sur la photo : Kevin Lavoie, Isabel Côté et Denyse Côté.
L’UQO était bien représentée lors d’une conférence internationale qui s’est déroulé du 29 août au 2 septembre 2012 à l’Université de Lausanne, en Suisse. Trois professeures et un étudiant des Départements de travail social et des relations industrielles ont fait état de l’avancement de leurs recherches au 6e Congrès international des recherches féministes francophones.
Ce colloque avait pour thème « L’imbrication des rapports de pouvoir : discrimination et privilèges de genre, de races, de classe et de sexualité ». Les chercheures de l’UQO ont été remarquées par la qualité et l’originalité du contenu de leurs travaux qui correspondaient aux toutes dernières tendances et thématiques internationales dans le domaine des recherches sur le genre. Denyse Côté, professeure au Département de travail social, directrice de l’ORÉGAND et responsable pour l’UQO du Réseau québécois en études féministes (RéQEF) a co-organisé un atelier sur la « Régulation politique des inégalités » avec les professeures Rosita Fibbi de l’Université de Neuchâtel et Natalie Benelli de l’Université de Lausanne.
Denyse Côté a présenté une communication intitulée « Difficiles convergences : mouvement des femmes et économie sociale, l’expérience québécoise ». Pour sa part, la professeure Isabel Côté, du Département de travail social et également membre du RéQEF, a présenté les résultats de sa recherche doctorale : « Les familles lesboparentales au Québec : contestation de l’hétéronormativité ou reproduction des normes? ». Quant à la professeure Louise Boivin, du Département des relations industrielles, sa présentation concernant son thème de recherche était le suivant : « Fragmentation productive et confinement de certaines catégories sociales de femmes à l’emploi précarisé dans les réseaux de services d’aide à domicile au Québec ». Enfin, l’étudiant à la maîtrise, Kevin Lavoie, qui travaille sous la direction de Sylvie Thibault au Département de travail social, a présenté une communication sur le thème de : « La violence conjugale chez les couples d’hommes gais : apports et limites de l’approche féministe ».
Voici le résumé de chacune des présentations :
Les familles lesboparentales au Québec : contestation de l’hétéronormativité ou reproduction des normes? - Isabel Côté
Les familles lesboparentales sont réputées subversives du fait qu’elles contestent la représentation hétéronormative de la famille. Au Québec, ce débat est soutenu depuis que les règles de filiation permettent l’institutionnalisation de la lesboparenté en reconnaissant l’inscription de deux mères sur l’acte de naissance de l’enfant. Un couple lesbien peut donc inscrire leurs enfants dans les deux lignées maternelles selon les règles en vigueur de la filiation par le sang. Aussi, si le couple a conçu son projet parental à l’aide d’un donneur connu, ce dernier sera considéré comme une aide à la procréation et sera exclu de la filiation de l’enfant. Cette réforme ne s’est pas faite sans heurts puisque jusqu’à lors, la filiation soutenait la vraisemblance de la procréation basée sur l’altérité sexuelle.
C’est pourquoi les détracteurs de cette réforme critiquent l’inscription de parents de même sexe sur la déclaration de naissance de l’enfant en soutenant que cela met en péril la vocation généalogique et biologique de la filiation en estompant la différence des sexes. Or, le contraire peut également être soutenu : en consacrant la filiation des enfants de mères lesbiennes au sein du mariage par l’imposition de la présomption ou encore, par la déclaration de parenté au directeur de l’État civil comme c’est le cas pour ceux nés dans les familles hétérosexuelles, la loi ne contribue‐t‐elle pas plutôt à positionner ces familles à l’intérieur du cadre hétéronormatif? Cette communication propose d’éclairer ce débat à partir des résultats d’une recherche qui illustre comment les familles lesboparentales dont les enfants sont nés d’un donneur connu mettent en tension et articulent les liens de parenté alors qu’elles dissocient procréation et éducation d’enfants. Les résultats démontrent que si ces familles peuvent paraître subversives par leur mise à distance de l’ordre procréatif et hétéronormatif, le discours des participantes témoigne qu’elles souhaitent plutôt s'y conformer.
Le sexe du travail : les caractéristiques associées au service social. Fragmentation productive et confinement de certaines catégories sociales de femmes à l’emploi précarisé dans les réseaux de services d’aide à domicile au Québec - Louise Boivin
Notre communication portera sur les manifestations de l’imbrication des rapports de pouvoir en particulier ceux de classe, genre, « race » et âge dans le contexte des nouvelles formes d’organisation basées sur la fragmentation de la production et du travail que sont les « réseaux de production ». Nos données proviennent d’une étude de cas réalisée en 2011 et portant sur la situation du personnel (majoritairement des femmes) employé dans des structures privées (agences d’intérim, Chèque emploi service) intégrées aux réseaux locaux de services publics d’aide à domicile au Québec. Nos résultats montrent que le schème sous-jacent à la mobilisation du travail de ces femmes, après son passage de la « vocation » à la professionnalisation avec l’étatisation des services et la syndicalisation des travailleuses dans les années 1970, est maintenant celui de la « corvéabilité » (Appay 2005). Il s’agit d’un nouveau mode de flexibilisation du travail salarié basé sur l’exigence d’une disponibilité permanente et sur l’invisibilisation du travail, selon le modèle de l’organisation des tâches dans la sphère domestique. Notre étude de cas indique que cette mise à disposition permanente des travailleuses est structurée autour d’horaires de travail fragmentés et à temps partiel avec de faibles salaires et un accès peu effectif aux droits du travail découlant de la fragmentation productive. Certaines catégories sociales de travailleuses sont particulièrement confinées dans ces situations d’emploi précarisé, soit les femmes d’âge mûr et les femmes migrantes et/ou racisées. Cela s’explique par la combinaison de deux types de processus sociaux, d’une part ceux qui engendrent des obstacles à de meilleures situations d’emploi et de revenu, dont la discrimination; et d’autre part, la naturalisation des qualifications requises pour réaliser ce travail de « care » (Cresson & Gadrey 2004) et leur attribution implicite à ces catégories sociales de femmes.
Difficiles convergences : mouvements des femmes et économie sociale, l'expérience québécoise - Denyse Côté
L’économie sociale et solidaire a depuis longtemps été au cœur des pratiques alternatives de solidarité et d’entraide du mouvement communautaire du Québec. En particulier, le mouvement des femmes québécois a développé des pratiques de solidarité qui prennent en compte la situation des femmes relative au travail domestique dont elles sont toujours responsables, à la structuration de réseaux informels et aux types d’échanges de services qu’elles effectuent (Vatz, 1998), autour de tâches « privées » et « collectives » relatives à la santé, au bien‐être des personnes dépendantes. Cette communication fera l’analyse d’un moment charnière de l’histoire politique du Québec : celle de la formalisation de l’économie sociale. Car la mise en place d’une politique et de mesures financières gouvernementales d’encouragement à l’économie sociale ont eu pour effet d’écarter ou d’ignorer certains types de pratiques liées à l’économie sociale et solidaire, en particulier celles associées au cadre de vie publique et privée, là où les femmes sont majoritaires, et d’encourager des pratiques axées vers le marché, et la monétarisation des échanges. Ceci s’est fait dans le cadre de mécanismes et de processus complexes, décentralisé au niveau local et régional, l’arrimage (ou le non‐arrimage) de projets d’action locaux ou communautaires aux priorités gouvernementales. Ce chapitre présente les résultats d’une recherche menée dans sept régions du Québec et s’arrêtera plus particulièrement aux jeux de pouvoir, au développement de stratégies novatrices permettant la survivance de modes de transgression ainsi que l’élaboration de nouveaux contrats sociaux prenant en compte les demandes des groupes de femmes, et ce, à l’intérieur des processus de concertation créés par de nouvelles instances de gouvernance locale et régionale.
La violence conjugale chez les couples d’hommes gais : apports et limites de l’approche féministe - Kevin Lavoie et Sylvie Thibault
Les écrits scientifiques consacrés à la violence conjugale chez les hommes gais sont rares. Au Québec, la situation apparaît paradoxale. En effet, la province se démarque par ses mesures progressistes en matière de prévention de la violence conjugale et d’égalité pour les personnes de minorités sexuelles. Or, la violence conjugale chez les hommes gais semble recevoir peu d’attention sur les plans scientifique et social. Une seule étude a documenté le phénomène et aucun service n’existe au Québec pour répondre aux besoins spécifiques de cette clientèle. L’Enquête sociale générale de 2004 sur la victimisation au Canada a pourtant révélé que les taux d’incidents de violence conjugale rapportés chez les couples homosexuels étaient le double de ceux rapportés chez les couples hétérosexuels, soit 15% contre7 %. Ce paradoxe peut être en partie lié à une conception hétérosexuelle de la violence conjugale, ainsi qu’à l’homophobie et à l’hétérosexisme vécu au sein des structures de santé et de services sociaux. L’approche féministe est au centre de la réflexion de nombreuses études sur la violence conjugale. La reconnaissance de la violence dans les couples de même sexe interpelle l’approche féministe qui attribue et catégorise la violence à un sexe prédéterminé. De plus, la théorie féministe soutient que la socialisation différenciée des filles et des garçons explique en partie l’attribution des rôles d’agresseurs et de victimes. Pour les hommes gais victimes de violence dans une relation amoureuse, cette même socialisation comporte aussi des effets pervers. L’homme gai a beaucoup de difficulté à s’identifier au stéréotype de victime. Cette communication a pour but d’apporter des éléments de réflexion quant aux apports et aux limites de l’approche féministe pour l’étude de la violence conjugale chez les couples d’hommes gais.
Source : UQO, 26.09.2012


