Après 15 heures de délibération, le Sénat argentin, situé à Buenos Aires, adoptait par une faible majorité une loi autorisant le mariage homosexuel. L’Argentine devient donc le premier pays d’Amérique Latine à reconnaître officiellement et pleinement la diversité sexuelle au sein de ses institutions. En 2009, la ville de Mexico avait elle aussi légalisé le mariage gay, tandis que l'Uruguay, la Colombie et Buenos Aires ont mis en place des pactes d'union civile depuis respectivement 2008, 2007 et 2002. Désormais, la loi permet aux homosexuel-les de jouir des mêmes droits et devoirs à l’égard du mariage que les couples hétérosexuels. Il s’agit d’un aspect important à partir duquel les militant-es ont formulé leurs revendications. En effet, si un couple peut s’unir devant la justice, sans avoir droit à l’adoption, aux congés parentaux et familiaux, à la sécurité sociale, à des allocations et à un héritage, la discrimination demeure présente.
La Conferencia Regional sobre la Mujer de América Latina y el Caribe, qui avait lieu au Brésil du 13 au 16 juillet 2010, a vu sa programmation fortement influencée par les impacts des désastres naturels survenus en Haïti et au Chili. Dans le cadre de la session spéciale « Haití y Chile: (re)construir la igualdad », plusieurs intervenant-es, tel-les que Susana Malcorra, coordonnatrice des missions de paix à l'ONU, concluaient que « le tremblement de terre en Haïti est une terrible tragédie, mais il s'agit d'une occasion de mettre les femmes au centre de la reconstruction et du développement ». En effet, la nécessité pour les femmes de prendre une place centrale dans les efforts de reconstruction est ressortie de cette conférence comme la solution à bien des maux du développement régional. Les intervenant-es semblaient également préoccupés par l'urgence d'améliorer la qualité des indicateurs sociaux afin de connaître réellement l'état de la situation, avec entres autres des données ventilées selon les sexes.
La période qui suit un désastre est critique en termes d'exploitation et de violence faite aux femmes et aux filles puisqu'elle les met dans des situations à risques. Toutefois, les bouleversements des rôles et des responsabilités des membres d'une collectivité qu'entraîne un désastre peuvent aussi présenter des occasions de transformer les rapports entre les sexes, à condition de s'y attaquer de plein fouet. En ce sens, America Latina Genera a développé une communauté d'apprentissage sur la gestion des risques dans une perspective d'égalité des sexes.
La sortie d'une gamme de produits de maquillage de la maison Rodarte et de MAC Cosmetics inspirée des Mexicaines assassinées à Juarez a suscité un tollé chez plusieurs organisations de la société civile cet été. Cette collection d’automne a été développée à la suite d’un voyage sur les routes du Texas, d'El Paso à Marfa. Semblerait-il que c'est la beauté des déserts, des villages du cartel de la drogue et des travailleuses de Juarez qui les ont inspirés. Rappelons que, depuis 1993, dans cette ville proche de la frontière étatsunienne, des centaines de jeunes femmes, étudiantes, serveuses et ouvrières pour la plupart, ont été assassinées tandis que beaucoup n'ont pas été retrouvées. Elles ont été violées, torturées, battues à mort, étouffées, étranglées, démembrées ou éventrées sur le chemin du retour du travail ou de l'école. Ces crimes sont commis en toute impunité sous le regard des autorités gouvernementales et policières, au mieux impuissantes, au pire complices.
À l'hiver 2010, le Chili fût secoué par un tremblement de terre d'une magnitude de 8,8 sur l'échelle de Richter, plus importante que celle de la catastrophe qui a dévasté Haïti en janvier 2010, mais causant moins de morts. Certain-es analystes associent ce bilan à la meilleure préparation du Chili aux tremblements de terre grâce à l'application de mesures particulières, dont des normes de construction antisismiques. En ce sens, des groupes de femmes et des organisations universitaires chiliennes ont créé le blogue de l'Observatoire Genero y Equidad afin de traiter de la question de la préparation pré-désastres et de la reconstruction dans une perspective d'égalité des sexes. Pour sa part, l'Observatoire a pour but la mise en commun de réflexions, d'évaluations et de débats sur la situation des femmes au Chili et sur les politiques publiques qui ont une incidence sur cette dernière. Les questions de démocratie, de citoyenneté, de justice sociale et de participation sont au cœur des échanges quant aux engagements de l'État chilien à l'égard des femmes.
Le Conseil pour l’égalité et l’équité du Salvador (CIE) a produit le document Paso a paso: Hacia la igualdad de género en El Salvador : Tres líneas para la acción qui traite de la situation des femmes dans ce pays d’Amérique centrale. On y aborde des thématiques aussi diverses que le système de santé, la participation politique, la pauvreté ainsi que la violence de genre qui inquiète particulièrement ces dernières années considérant l’augmentation importante du taux d’homicide des femmes salvadoriennes. Le second objectif du document, qui constitue également sa force, est la présentation de diverses recommandations afin d’améliorer et de renforcer le travail des institutions politiques en matière d’égalité des sexes.
Dans le cadre de la Journée internationale des femmes, le comité québécois de soutien lance une campagne intitulée J’affiche mes couleurs en faveur du Camp de solidarité international Myriam Merlet, Anne-Marie Coriolan et Magalie Marcelin. Rappelons que ce camp vise à fournir des ressources de base aux filles et aux femmes haïtiennes et à faciliter les communications avec elles.
L'United Nations Development Fund for Women (UNIFEM) a nommé Michelle Bachelet, la présidente sortante du Chili, porte-parole de son action en Haïti. Elle agira auprès des donateurs et des acteurs impliqués dans la coopération internationale, particulièrement en Amérique latine, afin d'élaborer une stratégie commune qui inclura les voix et perspectives des femmes dans les efforts de reconstruction.
Le 29 janvier, lors de la première radiodiffusion en direct du Camp de solidarité Myriam Merlet, Anne-Marie Coriolan et Magalie Marcelin, après la description faite par Lise Marie Dejean, une militante haïtienne de l'organisation SOFA (Solidarité des femmes haïtiennes), au sujet de la dévastation du pays - effondrement des bâtiments, nombreux décès et blessé-es, disparation de la mémoire historique enterrée sous les débris de la bibliothèque nationale et d'EnfoFanm - un journaliste lui a demandé : alors que reste-t-il? Lisa Marie l’a regardé droit dans les yeux, puis lui a dit : la force des survivant-es.