« ...Nous avons coutume d’invoquer l’esprit de nos disparus-es pour qu’ils nous donnent le courage de poursuivre notre route, pour qu’ils nous ouvrent le passage.
Nos morts du 12 janvier ont trop souffert pour que nous puissions oser les solliciter. C’est donc à nous, survivants et survivantes, qu’il revient d’apaiser la terre meurtrie d’Haïti, pour pouvoir y creuser les nouvelles fondations d’une société qui accepte de se repenser, de prendre la mesure de l’impact de ses lese grennen, de ses laisser faire, de ses pratiques dévastatrices; une société qui accepte enfin de compter, pour sa renaissance, avec l’ingéniosité et les aspirations de changement des hommes et des femmes qui la composent.
Nous, les survivants et survivantes, nous nous devons de refuser les pièges de l’urgence, de l’humanitaire, des petits projets non structurants et sans lendemain. Nous nous devons d’esquiver la trappe de la reconstruction non pensée, exogène, non inclusive. Malgré ses terribles blessures non soignées, Haïti n’est pas et ne saurait être un immense camp destiné à recevoir l’assistance internationale. Haïti existe. Mal, certainement, mais avec une magnifique vitalité et un incompressible désir de se régénérer. En tant que survivants et survivantes, il nous incombe de faire entendre, à ceux et celles qui prétendent nous gouverner et nous assister, que c’est par notre sens de la dignité et notre détermination à faire vivre la vie que nous sommes encore debout, malgré le marasme. Il nous revient, avec la solidarité des autres peuples, de continuer à rêver le demain d’Haïti et de savoir nous réunir, de manière authentique, pour que le rêve se transforme en présent et se pérennise pour les futurs enfants d’Haïti. »
Extrait d'un texte émouvant de Danièle Magloire rédigé à Babiole, Port-au-Prince, le 9 juillet 2010 et revu le 8 janvier 2011.